Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Les orties
Dans les touffes d’ortiesS’abrite un nid de fleursOù chantent assortiesSept diverses couleurs :Bleu, blanc, rouge, amarante,Orange, rose et vert,Harmonie enivrante,Ineffable concert.
Sous sa feuille soyeuseL’ortie a du veninPour la main curieuseQui touche au nid divin.
Un enfant vient qui rôdeEt voudrait le saisir ;L’azur ou l’émeraudeExcitent son désir ;L’or, l’argent, ou l’orange,Améthyste ou carmin ;La feuille qu’il dérangeA fait enfler sa main.
Sous sa feuille soyeuse,L’ortie a du veninPour la main curieuseQui touche au nid divin.
Enfants, rêveurs, artistesY viennent tour à tourEt s’en retournent tristes ;A la fin vient l’Amour ;L’Amour ce doux espiègle,Courageux ou rampant,Plus rapide que l’aigle,Plus fin que le serpent.
L’ortie est menaçante,Mais n’a plus de veninQuand l’Amour se présenteEt touche au nid divin.
Car l’Amour est lumièreCar l’Amour est chaleur,Et par lui la matièreS’anime et prend couleur.Marbres, poëmes, toilesPar l’Amour inspirés,Vous êtes des étoiles,Longtemps vous brillerez.
L’ortie est menaçante,Mais n’a plus de veninQuand l’Amour se présenteEt touche au nid divin.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources