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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

La complainte de Claudie

Pierre Dupont· 52 vers

A GEORGE SAND.

Je voudrais avec mélodie,En prenant le ton langoureux,Chanter l’histoire de ClaudieAux paysans, aux amoureux.

Claudie était jolie et sage.Un séducteur, un beau diseur,Lui promettant le mariage,Parvint à lui ravir son cœur.

Claudie, en secret fiancée,Sans être épouse mit au jourUn fils, et, mère délaissée,N’abandonna point son amour.

Cher nouveau-né ! de la mamelleSa mère en pleurant le nourrit ;Mais, douce à la fois et cruelle,Un beau matin, la mort le prit.

Depuis, seule avec son vieux père,Faisant la moisson avec lui,Elle glane son dur salaireAussi triste que Noëmi.

Le père est vieux, la fille est frêle,Ils ne font qu’une raie à deux :Sylvain, qui moissonne près d’elleA la paye, en tombe amoureux.

Mais Grand-Rose (c’est la fermière),Brûlant en secret pour Sylvain,Veut chasser la fille et le pèreQui font obstacle à son dessein.

Or le séducteur de ClaudieA Grand-Rose fait les doux yeux,Et, redoutant quelque infamie,Tient de méchants propos contre eux.

Cet homme, par ses caquetages,Les met tous comme chat et chien ;Il aurait brouillé vingt ménagesPlutôt que d’arranger le sien.

Le vieillard abrite sa filleEntre ses deux bras vacillants,Brisés par l’âge et la faucille,A l’ombre de ses cheveux blancs.

Puis il bénit la gerbe haute,Sépare la paille du blé,Confond le crime, absout la faute,Et le coupable est dévoilé.

Donc Sylvain épouse Claudie,Et l’on chasse le ravisseur ;La dot, par Grand-Rose arrondie,Assure aux époux le bonheur.

Devant les scènes de ce drameJ’ai pleuré, mêmement j’ai ri ;L’auteur, dit-on, est une dameQui l’a glané dans le Berri.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources