Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La fête de la bonne maman
Sainte Anne a raisonDe patroner notre grand’mère ;Il n’est pas maisonPlus que la sienne hospitalière.Le plus riant accueilVous prévient dès le seuil ;Les gens de la meilleure sorteAiment à voir s’ouvrir sa porte :Ah ! qu’on est gaiementChez la bonne maman !
J’ai dit tout d’abordGrand’mère, et c’est deux fois grand’mère ;Qu’il en vienne encorAprès la petite dernière :Vite on les recevra,Puis on vous les choiera ;Aisément on s’en accommode,Les langes sont toujours de mode.Ah ! qu’on est gaiementChez la bonne maman !
Sont-ils réunisSous son aile, dans sa demeure ?C’est quatre ou cinq nids,Et l’on y rit plus qu’on y pleure.De fleurs quelle moisson,Et des fruits à foison !On lui fait toujours quelque niche,Il faudrait qu’elle fût trop riche :Ah ! qu’on est gaiementChez la bonne maman !
Elle est d’un pays ?Où l’acier finement se trempe,Où, dans les grands puits,Avant le jour descend la lampe.Aussi l’activité,La douce fermetéSont le fond de son caractère,L’œil est doux, le sourcil sévère.Ah ! qu’on est gaiementChez la bonne maman !
Les jours de gala,Ce sont les fêtes de famille.Tout le monde est là :Aucun par l’absence ne brille.L’aïeul, tout sérieux,Débouche le vin vieux ;On boit, et ce sont des risées,Des bons mots comme des fusées.Ah ! qu’on est gaiementChez la bonne maman !
J’ai vu ce bonheur,J’en ai l’âme toute remplie ;Ces fêtes du cœurMe font prendre goût à la vie.Mon pipeau souffleraLongtemps et chantera(Il connaît bien les airs qu’elle aime) :Des chants de noce et de baptême.Ah ! qu’on est gaiementChez la bonne maman !
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources