Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La fève
Fille d’Ève,Vous m’avez tenté,Me donnant la fève :J’accepte cette royauté,C’est la seule que je rêve.
Charbonnier est maître chez soi :A mes yeux, c’est un très-bon roi.Un forgeron à son enclumeVaut bien un roi taillant sa plume ;Et, quand un de mes vers vous plaît,Mon esprit est un roitelet.
Fille d’Ève,Vous m’avez tenté,Me donnant la fève :J’accepte cette royauté,C’est la seule que je rêve.
J’accepte avec grande gaietéCe quart d’heure de royauté ;Mais, ce soir, perdant ma couronne,Quelle existence monotone !Non, car ce charmant souvenirAu fond de mon cœur va fleurir.
Fille d’Ève,Vous m’avez tenté,Me donnant la fève :J’accepte cette royauté,C’est la seule que je rêve.
Mais j’entends mon peuple en rumeur !Il est jaloux de mon bonheurEt s’insurge contre ma chance.Une fraude, une connivence,Un caprice m’aurait fait roi :Eh bien ! je suis despote, moi !
Fille d’Ève,Vous m’avez tenté,Me donnant la fève :J’accepte cette royauté,C’est la seule que je rêve.
Je dénonce à tous mes féauxL’oïdium, tous les fléaux ;J’ordonne une moisson splendide,Avec une paix bien solide,Et j’étends mon large pardon,Roi de fève, à tout l’horizon.
Fille d’Ève,Vous m’avez tenté,Me donnant la fève :J’accepte cette royauté,C’est la seule que je rêve.
Quant à vous, reine de beauté,Puisque votre téméritéVous fait ma vassale et sujette,Du gâteau jetez quelque mietteDe vos yeux bleus, qui sont si doux,Regardez au-dessous de vous !
Fille d’Ève,Vous m’avez tenté,Me donnant la fève :J’accepte cette royauté,C’est la seule que je rêve.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources