Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

La jeune république

1848

Pierre Dupont· 78 vers

Paris est sorti du tombeauEn renversant la sentinelle,Radieux comme un Christ nouveau ;Répandons la bonne nouvelle.Bouches de fer, canons, fusils,Tambours, clairons, bouches de cuivre,Apprenez à tous les paysComment la France a pu revivre.

Peuples, venez de toute part,Voir la République nouvelle,Douce comme une tourterelle,Formidable comme un rempart ;Frères, serrons-nous autour d’elle.

Hautaine, et les pieds dans le sang,Nous l’avions vue aux barricadesHurler avec un mâle accentLe cantique des fusillades ;Victorieuse, on l’a pu voirEssuyer le sang de sa piqueEt nous rappeler au devoirEn nous montrant l’olive antique.

Peuples, venez de toute partVoir la République nouvelle,Douce comme une tourterelle,Formidable comme un rempart ;Frères, serrons-nous autour d’elle.

Que ferons-nous au lendemain ?Les nations sont dans l’attente ;Si nous succombons en chemin,L’abîme est au bas de la pente.Au lieu d’enterrer ton argent,Riche, en proie aux fausses alarmes,Va plutôt dire à l’indigent :Formons ensemble un faisceau d’armes !

Peuples, venez de toute partVoir la République nouvelle,Douce comme une tourterelle,Formidable comme un rempart ;Frères, serrons-nous autour d’elle.

Que l’argent circule à plein bordComme un fleuve qui vivifie,Que dans un fraternel accordLe riche au pauvre se confie !L’artisan donnant ses labeurs,Que le penseur donne ses veilles ;Nous ferons des sucs les meilleursLe miel des humaines abeilles.

Peuples, venez de toute partVoir la République nouvelle,Douce comme une tourterelle,Formidable comme un rempart ;Frères, serrons-nous autour d’elle.

Défrichons marais et vallons,Reboisons les chauves montagnes !Peuplons aussi de nos colonsL’Afrique et ses riches campagnes.L’abondance ruisselleraComme un fleuve dans une plaine,Et la liberté souffleraDans nos poumons à pleine haleine.

Peuples, venez de toute partVoir la République nouvelle,Douce comme une tourterelle,Formidable comme un rempart ;Frères, serrons-nous autour d’elle.

Pauvres filles qui périssiezComme les roses sous le givre,Et vous tous qu’on foulait aux pieds,La République vous délivre.Tes autres fils seront jaloux,O République notre mère,Si tu ne donnes comme à nousA tous les peuples la lumière.

Peuples, venez de toute partVoir la République nouvelle,Douce comme une tourterelle,Formidable comme un rempart ;Frères, serrons-nous autour d’elle.

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources