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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Les fers a cheval

Pierre Dupont· 84 vers

L’horloge au plus prochain nuageEnvoyait les coups de minuit,Car tout dormait dans le village,Hors la bête et l’oiseau de nuit ;Un bruit sourd traverse l’espace,Puis un homme rouge, à cheval,Court droit à la fenêtre basseDe la maison du maréchal.

Ohé, bonhomme ! (Bis.)Demain s’achèvera ton somme ;Saute du lit, bon gré, mal gré,Mon cheval blanc est déferré.

Entends-tu ? la maison s’ébranle,Dit la femme, en le réveillant,A l’homme qui court au chambranle,Et l’ouvre à grand’peine en bâillant.Vite, du charbon à la forge,Dit le nocturne cavalier,Ou mon ongle imprime à ta gorgeL’empreinte d’un rouge collier.

Ohé, bonhomme ! (Bis.)Demain s’achèvera ton somme ;Il faut forger, bon gré, mal gré,Mon cheval blanc est déferré.

Sous le soufflet la forge éclate,Comme un soupirail de l’enfer,Et dans la fournaise écarlateLe forgeron plonge son fer.Ce n’est pas du fer qu’on attacheAu sabot de mon blanc coursier,Dit l’hôte en frisant sa moustache,Ni de l’argent, ni de l’acier.

Ohé, bonhomme ! (Bis.)Demain s’achèvera ton somme ;Il faut forger, bon gré, mal gré,Mon cheval blanc est déferré.

C’est de l’or qu’il vous faut, mon maître ?Dit l’artisan mort de frayeur ;Car dans l’ombre il voyait paraîtreLes lourds tromblons de monseigneur.Hélas ! je ne suis point orfèvre,Et ne vends point de ce métal.Monseigneur se pinça la lèvreD’un air inquisitorial.

Ohé, bonhomme ! (Bis.)Demain s’achèvera ton somme ;Il faut forger, bon gré, mal gré,Mon cheval blanc est déferré.

N’as-tu pas d’un vieil héritageConservé trente louis d’or ?Et vos bijoux de mariage,Ne les gardez-vous pas encor ?Le malheureux crut voir le diableSous le masque du cavalier,Et, comme on sèmerait du sable,Jeta son or dans le brasier.

Ohé, bonhomme ! (Bis.)Demain s’achèvera ton somme ;Il faut forger, bon gré, mal gré,Mon cheval blanc est déferré.

Sitôt la besogne finie,L’homme rouge monte à cheval,Et riposte par l’ironieAux prières du maréchal.Tu veux le prix de ta ferrure ?Entends sonner sur le pavéLes sabots d’or de ma monture,Et dis si tu n’as point rêvé.

Adieu, bonhomme, (Bis.)Jusqu’à l’aube reprends ton somme ;On n’arrête pas à son gré.Un cheval blanc si bien ferré.

Le forgeron bondit sur place,Brandit ses marteaux dans les airs ;Il a, pour découvrir leur trace,D’un pied de loup marqué les fers ;Il veut ameuter une troupeEt chasser l’homme rouge aux bois :« S’il avait mis ta femme en croupe,« Que ferais-tu ? » dit une voix.

Allons, mon homme, (Bis.)Il faut achever notre somme ;On n’arrête pas à son gréUn cheval blanc si bien ferré.

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources