Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La lyre d’or
Regardez cette beauté fière :Ses cheveux, sur son front pleuvant,Jaillissent comme la lumièreDes sources roses du levant ;Et, signe d’invincible force,Au-dessus du cou ses cheveuxSe dressent en colonne torse,En branche d’érable noueux.
Sa voix savante et belleExprime un tel accord,Qu’alentour on l’appelle :La lyre d’or.
Cette voix sonore et vibranteTient à la fois du chant d’oiseauEt de la forêt murmurante,Des bruits du vent, des bruits de l’eau.Comme au sein des flots une rameProduit mille ondulations,Elle remue au fond de l’âmeLes plus sourdes émotions.
Sa voix savante et belleExprime un tel accord,Qu’alentour on l’appelle :La lyre d’or.
La montagne à cime glacéeCache les métaux précieux ;Son front mat couvre une penséeQui se révèle par ses yeux !Ses yeux bleus, comme les grands fleuves]Et voilés d’un glauque reflet,Disent des choses toutes neuves,Où l’on est pris comme au filet.
Sa voix savante et belleExprime un tel accord,Qu’alentour on l’appelle :La lyre d’or
Ondoyant comme la panthère,Et dédaignant les vains atours,Son beau corps apprend à la terreLe secret des divins contours.Quelle adorable nonchalance !Faites approcher ce coursier !D’un bond de tigre elle s’élanceEt galope à franc étrier.
Sa voix savante et belleExprime un tel accord,Qu’alentour on l’appelle :La lyre d’or.
Elle passe montagne et plaine ;Du Caucase au sable africain,Elle s’en va tout d’une haleinePoursuivant le secret divin.Vents, ramenez-la sur vos ailes ;Que je vive encore une foisA la clarté de ses prunelles,Que je meure au son de sa voix.
Sa voix savante et belleExprime un tel accord,Qu’alentour on l’appelle :La lyre d’or
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources