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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Le bon chemin

Pierre Dupont· 48 vers

A l’aube de l’adolescence,A cet âge où tout semble beau,Un fils, ivre d’impatience,Quitte le nid comme un oiseau ;Entraîné par une chimèreQui lui sourit dans le lointain :Adieu, mon fils ! lui dit sa mère,Et suis toujours le bon chemin !

En sa naïve étourderie,Il va des ailes s’ébattant,Parcourant la lande fleurie,Comme une abeille s’arrêtantA toute fleur ou blanche ou rose,Fleur de pommier, fleur de sainfoin,Fleur d’aubépine ou d’autre chose ;Était-ce là le bon chemin ?

Un paysan d’humeur gauloise,En le voyant tout interditDevant un chemin qui se croiseEt qui fait la fourche, lui dit :Jeune homme ! as-tu peur que la terreManque à tes pas ? Elle va loin.La terre est grande : comment fairePour y trouver le bon chemin ?

Le bon chemin est-ce la routeOù les humains vont se foulant,Moutons de Panurge en déroute,Troupeau craintif toujours bêlant ?Est-ce le portique où se presseEt bourdonne comme un essaimLa foule avide de richesse ?Est-ce bien là le bon chemin ?

Est-ce le grand chemin de l’Inde,L’Océan, plein de noirs secrets ?Est-ce le vert sentier du Pinde,Où croissent lauriers et cyprès ?Est-ce le chemin de la gloire,Tant abreuvé de sang humain ?Écartons ce rêve illusoire :Non, ce n’est pas le bon chemin.

Est-ce la route de Cythère,Où Vénus préside aux amours ?Non, c’est le sentier solitaireOù l’on s’aime à deux pour toujours,Pendant que l’aïeule caresseDe beaux enfants dans le lointain.Voilà l’image enchanteresseDu vrai bonheur, du bon chemin.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources