Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La prise de Sébastopol
8 septembre 1855
La plus formidable muraille,Vomissant boulets et mitraille,Est cernée en un cercle’ étroit,Et croule devant une armée,Quand elle s’élance animéeDe la force qui vient du droit :
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
La Russie avait pour frontièreSébastopol, pierre angulaireDe l’orgueil impuni des czars ;Il avait la mer pour ceinture ;Le génie avec la natureAvait combiné ses remparts.
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
Les czars, dans ce nid de pirates,Amassant vaisseaux et frégates,Rêvaient l’empire universel :D’abord, le trône de Byzance,C’était le chemin de la France ;Ils bâtissaient une Babel.
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire,La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
La Turquie a levé la tête ;La France, toujours toute prête,La France, le soldat de Dieu,Joint son épée au cimeterre,Et dit à sa sœur l’Angleterre :De Sinope éteignons le feu !
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
C’est une tache dans l’histoireEt dans les flots de la mer Noire,Que vengera le talion ;La flotte turque fut brûlée :La flotte russe, au port coulée,En sera l’expiation.
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme, illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
Mais avant, quelle horrible guerre !En maint combat notre bannière,Se couronne de frais lauriers ;Toute autre victoire est facile,Mais, pour emporter cette ville,Quatre peuples sont alliés !
Victoire !Cet empire si haut muré,N’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
En tête de la forteresseLa tour de Malakof se dresseComme un formidable géant :Zouaves, chasseurs et génie,Quelle patience infinie !Ce siège est un gouffre béant.
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
Tout un an couchés sur la dure,Dans la boue et dans la froidure,Par le choléra décimés ;L’été, tombant comme des mouches,Tiraillés par les escarmouches ;Les cieux vont être désarmés !
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
En plein midi, le clairon sonne ;A l’assaut ! et que chacun donne !Les morts aplanissent le sol :Nos soldats sont comme une trombe ;La tour de Malakof succombe,Et nous avons Sébastopol !
Victoire !Cet empire si haut muréN’était qu’un fantôme illusoire ;La Russie a sombré :Victoire !La Russie a sombré.
108 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources