Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Rayon de soleil
Hier j’étais sérieuse,Je mourais d’ennui,Et me voilà joyeuse,Rieuse,Aujourd’hui.
La gaieté vous arriveOn ne sait d’où ;On a l’humeur plus, vive,L’esprit plus fou ;On est, si l’on se mire,Charmante à voir,On éclate de rireA son miroir.
Hier j’étais sérieuse,Je mourais d’ennui,Et me voilà joyeuse,Rieuse,Aujourd’hui.
Comme, sur chaque tige,Un papillon,L’on joue et l’on voltigeDans un rayon ;Comme un bouvreuil on chanteA plein gosier ;Dans ses cheveux on planteTout un rosier.
Hier j’étais sérieuse,Je mourais d’ennui,Et me voilà joyeuse,Rieuse,Aujourd’hui.
D’un doigt distrait l’on traceUn nom rêvé ;Le pied mutin l’effaceInachevé.On craint une surprise,Un bruit de pas ;On cause avec la brise,On parle bas.
Hier j’étais sérieuse,Je mourais d’ennui,Et me voilà joyeuse,Rieuse,Aujourd’hui.
D’un mouvement de hancheLa soulevant,Avec sa robe blancheOn fait du vent.Oh ! si j’étais ailée,Plumes en l’air,Je prendrais ma voléeDans le bleu clair !
Hier j’étais sérieuse,Je mourais d’ennui,Et me voilà joyeuse,Rieuse,Aujourd’hui.
Mais j’ai vu quelque choseDans le gazon ;Ma joue en est plus rose,J’ai le frisson…Ce n’était qu’une alerteA ma gaieté ;Une grenouille verteAvait sauté.
Hier j’étais sérieuse,Je mourais d’ennui,Et me voilà joyeuse,Rieuse,Aujourd’hui.
70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources