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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

La rivière

Pierre Dupont· 91 vers

De l’abîme des mersLes gouttes d’eau venues,Et par les arbres vertsFiltrant du haut des nues,Ont formé le ruisseau,Le torrent plus rapide ;Enfin la goutte d’eauCoule en nappe limpide.

O miroir ondoyant !Je rêve, en te voyant,Harmonie et lumière,O ma rivière,O ma belle rivière !

On voit se réfléchirDans ses eaux les nuages ;Elle semble dormirEntre les pâturagesOù paissent les grands bœufsEt les grasses génisses.Aux pâtres amoureuxQue ses bords sont propices !

O miroir ondoyant !Je rêve, en te voyant,Harmonie et lumière,O ma rivière,O ma belle rivière !

Près des iris du bord,Sous une berge haute,La carpe aux reflets d’orOu le barbeau ressaute ;Les goujons font le guet ;L’ablette qui scintilleFuit la dent du brochet ;Au fond rampe l’anguille.

O miroir ondoyant !Je rêve, en te voyant,Harmonie et lumière,O ma rivière,O ma belle rivière !

Au matin le pêcheur,Naviguant en silenceDans l’ombre et la fraîcheur,Cherche une petite anse ;On le voit tournoyer,Observer tous les signes.Il jette l’épervierEt relève ses lignes.

O miroir ondoyant !Je rêve, en te voyant,Harmonie et lumière,O ma rivière,O ma belle rivière !

Là, menant les bateaux,De bruyants équipages,Mariniers et chevauxFont sonner les rivages,Ou bien c’est la vapeurTroublant ces eaux tranquilles ;Le poisson, qui prend peur,Se cache vers les îles.

O miroir ondoyant !Je rêve, en te voyant,Harmonie et lumière,O ma rivière,O ma belle rivière !

Quand les feux des étésSemblent brûler la terre,Un essaim de beautésDescend vers la rivière ;Sous ses hauts peupliers,A l’ombre des bleus saules,L’eau rafraîchit leurs piedsEt leurs blanches épaules.

O miroir ondoyant !Je rêve, en te voyant,Harmonie et lumière,O ma rivière,O ma belle rivière !

Les jours sont différents.Cette rivière douce,S’il a plu par torrents,Se gonfle et se courrouce ;Sur les épis en fleurElle porte sa rage :Du pauvre laboureurL’espoir est à la nage.

O gouffre tournoyant !Je frémis en voyantTa fougueuse colère,O ma rivière,O terrible rivière !

91 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources