Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La viole
Suivez donc la viole,Et n’écoutez pasCelte chanson folle,La paroleVole,L’air marque le pas.
J’aime tant ma Rose ;Ah ! le joli rosier !Que mon regard n’oseDélierSon soulier.Plus vive sa danseQue la chèvre et l’oiseau.A la pétulanceDu son d’un chalumeau.
Suivez donc la viole,Et n’écoutez pasCette chanson folle ;La paroleVole,L’air marque le pas.
Regardez ! sa jambePasse comme un éclairLe sarment qui flambeJette en l’airUn feu clair ;Dans une assembléeRose fait la clarté,Et gagne d’embléeLe prix de la beauté.
Suivez donc la viole,Et n’écoutez pasCette chanson folle ;La paroleVole,L’air marque le pas.
Coiffe sans guipure,Ou ruban de saison,Tient sa chevelureEn prison,Sans raison ;Comme la mère Ève,Elle a ses cheveux longsQue la coiffe crève,Ils battront ses talons.
Suivez donc la viole,Et n’écoutez pasCette chanson folle ;La paroleVole,L’air marque le pas.
C’est une folieQu’a faite le bon Dieu ;Rose est si jolie !Son vil bleuFait du feu ;Hermine ou beletteN’ont pas si fine peau ;Sa taille fluetteTiendrait dans un anneau.
Suivez donc la viole,Et n’écoutez pasCette chanson folle ;La paroleVole,L’air marque le pas.
De sa rose boucheS’approche un noir essaim ;Plus d’un coude toucheA desseinSon beau sein.Leur pas sans mesure,Lourd comme un bataillon,Heurte à l’aventureSon pied de Cendrillon.
Suivez donc la viole,Et n’écoulez pasCette chanson folle ;La paroleVole,L’air marque le pas.
J’abattrais un chêne,Je tuerais le plus fort ;Vite, qu’on l’amèneS’il a tort,Il est mort ;De son sang j’arroseMa folle passion ;Dès qu’on touche à Rose,Je suis comme un lion.
Suivez donc la viole,Et n’écoutez pasCette chanson folle ;La paroleVole,L air marque le pas.
96 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources