Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le bouvreuil
Ta voix m’émerveille,Chante, gai bouvreuil !Ta voix plaît à l’oreilleEt ton plumage à l’œil :Chante, gai bouvreuil !
Quand le rossignol cesseDe chanter sa tendresseQuand il voit ses petits,Le bouvreuil continue,Et sa voix, moins connue,A des fredons gentils.
Ta voix m’émerveille,Chante, gai bouvreuil !Ta voix plaît à l’oreilleEt ton plumage à l’œil :Chante, gai bouvreuil !
Dans le fouillis des lierres,Ces vieux rongeurs des pierres,Son nid est abrité ;Hélas ! quand il reposeEn des touffes de rose,Il est bien plus guetté.
Ta voix m’émerveille,Chante, gai bouvreuil !Ta voix plaît à l’oreilleEt ton plumage à l’œil :Chante, gai bouvreuil !
Chaque beauté qui passeDu regard le menace ;Le rosier est si beau !Ses branches purpurinesN’ont pas assez d’épinesPour défendre l’oiseau.
Ta voix m’émerveille,Chante, gai bouvreuil !Ta voix plaît à l’oreilleEt ton plumage à l’œil :Chante, gai bouvreuil !
Le noir serpent le guette ;Tenant sa griffe prête,Et dardant son œil clair,Le chat joue et se roule,Rampe, se met en boule,Et fond comme un éclair.
Ta voix m’émerveille,Chante, gai bouvreuil !Ta voix plaît à l’oreilleEt ton plumage à l’œilChante, gai bouvreuil !
Au bouvreuil, fleur vivante,Qui, dans le rosier, chante ;Laissons la liberté !Il perdrait dans sa cageLa fleur de son plumage,L’éclat de sa gaieté.
Ta voix m’émerveille,Chante, gai bouvreuil !Ta voix plaît à l’oreilleEt ton plumage à l’œil :Chante, gai bouvreuil !
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources