Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le bûcheron
Par mes efforts pesantsEt mes grands coups de hache,Il faut que je t’arrache,Vieux chêne de cinq cents ans !
Ainsi chantait avant l’auroreUn bûcheron dans la forêt ;Aux fredons de sa voix sonoreLa montagne entière vibrait :Dans les rameaux touffus du chêneUn nid d’oiseau chantait aussi,Criant merci ;Et le bûcheron sans souciChantait toujours à perdre haleine :
Par mes efforts pesantsEt mes grands coups de hache,Il faut que je t’arrache,Vieux chêne de cinq cents ans !
Lorsque la cognée est trop lourde,Lorsque son front est en sueur,Il s’arrête, il boit à sa gourdeEt sent renaître sa vigueur ;Il vit content et sans envie,La hache est le sceptre du bois ;Mais à sa voixLes oisillons sont aux abois,La mère tremble pour leur vie.
Par mes efforts pesantsEt mes grands coups de hache,Il faut que je t’arracheVieux chêne de cinq cents ans !
Déjà l’arbre se déracine,Petits oiseaux, prenez l’essor ;Mais ils n’ont pas d’ailes encore ;Bon bûcheron, que l’arbre tombeTout doucement :On ne peut pas voir sans tourmentQu’un berceau devienne une tombe.
Par mes efforts pesantsEt mes grands coups de hache,Il faut que je t’arrache,Vieux chêne de cinq cents ans !
41 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources