Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le chant des nations
Tous les captifs qui sur la terreCourbaient leur front l’ont relevéPour commencer la grande guerre,Par qui leur droit sera sauvé.Ils ont fait ranger à leur têteLes hommes libres leurs aînés,Qui s’en vont calmes à la fêteDevant ces lions déchaînés.
Le jour des grands destins se lèveAu son du cuivre et du tambour.O guerre ! c’est ton dernier jour !Le glaive brisera le glaive,Et du combat naîtra l’amour.
Chaque patrie envoie un nombreDe combattants pris au hasardParmi ceux qui souffraient dans l’ombre :Ah ! ils se sont levés trop tard !Mais leur colère amonceléeFera d’un coup rompre leurs fers,Et l’on verra dans la mêléeQuels maux leurs grands cœurs ont soufferts.
Le jour des grands destins se lèveAu son du cuivre et du tambour.O guerre ! c’est ton dernier jour !Le glaive brisera le glaive,Et du combat naîtra l’amour.
Les couleurs de mille bannièresFlottant au front des légionsRappellent aux yeux les frontièresQui séparaient les nations ;Mais, l’espérance étant commune,Ces bannières vont se mêlant :Ces nations n’en font plus qu’uneSous le drapeau bleu, rouge et blanc.
Le jour des grands destins se lèveAu son du cuivre et du tambour.O guerre ! c’est ton dernier jour !Le glaive brisera le glaive,Et du combat naîtra l’amour.
Faut-il que la foule avilieD’un seul orgueil soit l’instrument,Et que son échine assouplieRedoute un brutal châtiment !Ce n’est point ainsi qu’on nous mène,On n’emprisonne pas le feu,Et l’immortelle race humainePorte en ses flancs l’âme de Dieu.
Le jour des grands destins se lèveAu son du cuivre et du tambour.O guerre ! c’est ton dernier jour !Le glaive brisera le glaive,Et du combat naîtra l’amour.
Sur son beau cheval de bataille,Le despote accourt furieux :La fusillade et la mitraillePleuvront au signe de ses yeux.Marchons en colonne serréeSur son armée au sombre abord,Lentement, comme la marée,Entre les écueils de son bord.
Le jour des grands destins se lèveAu son du cuivre et du tambour,O guerre ! c’est ton dernier jour !Le glaive brisera le glaive,Et du combat naîtra l’amour.
Il voudrait encor nous voir vivreEnchaînés comme les démons.Nos ossements, comme le givre,Blanchiront la plaine et les montsAvant cette honte suprêmeDe subir son joug détesté.Dieu seul est grand, il veut qu’on l’aimeEt qu’on le serve en liberté.
Le jour des grands destins se lèveAu son du cuivre et du tambour.O guerre ! c’est ton dernier jour !Le glaive brisera le glaive,Et du combat naîtra l’amour.
78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources