Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le dahlia bleu
Où donc s’envolent vos semaines ?Pourquoi, soucieux jardiniers,Ce surcroît de soins et de peines ?Vos jardins sont des ateliersOù vous tissez des fleurs humaines.O fleurs divines d’autrefois !Lis et roses, fuyez aux bois ;Bluets, pervenches, violettes,Myosotis, vivez seulettes,Sous l’œil de Dieu ;Ils rêvent le dahlia bleu.
Qu’il faudrait une main savantePour semer à son gré l’azurQui des cieux colore la tente,Se réfléchit dans un flot pur,Et dans mille fleurs nous enchante :Toute fleur qui nous laisse voirLe bleu du ciel dans son miroir,Bluet, pervenche, violette,Myosotis, éclôt seuletteSous l’œil de Dieu :Ils rêvent le dahlia bleu.
Autour des valses, des quadrilles,Des rondes et des jeux du soir,Où se pressent les jeunes filles,Rôde un spectre vêtu de noirQui censure les plus gentilles.Vous n’êtes rien, frêles beautés,Au prix des rêves enchantésQui tourbillonnent dans sa tête.Nulle part il ne voit complèteL’œuvre de Dieu,Il rêve le dahlia bleu.
Voyez les rondes, les dimanches,Sous les vieux noyers des hameaux !Ces enfants ou brunes ou blanchesSont les myosotis des eauxOu les bluets ou les pervenches.Voyez dans le bal animéCes enfants qui n’ont pas aimé,Pâles comme les violettes,Peut-être au sein de ces fleurettes,Filles de Dieu,Se cache le dahlia bleu !
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources