Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le chant des paysans
(1849)
Quand apparut la RépubliqueDans les éclairs de Février,Tenant en main sa longue pique,La France fut comme un brasier :Dans nos vallons et sur nos cimesVerdit l’arbre de Liberté ;Mais les Quarante-cinq centimesEt Juin plus tard ont tout gâté.
Oh ! quand viendra la belle !Voilà des mille et des cents ansQue Jean Guêtré t’appelle,République des Paysans ! (bis)
Mais ce beau feu s’écoule en cendre ;Le diable en passant l’a soufflé.Le crédit n’a fait que descendreEt l’ouvrage est ensorcelé.La souffrance a fait prendre en grippeLa jeune Révolution,Comme le vieux sorcier Philippe,Et nous nommons Napoléon.
Oh ! quand viendra la belle !Voilà des mille et des cents ansQue Jean Guêtré t’appelle,République des Paysans ! (bis)
Napoléon est sur son siège,Non point l’ancien, mais un nouveau.Qui laisse les blés sous la neigeEt les loups manger son troupeau.Quand l’Aigle noir fond sur tes plaines,Terre d’Arcole et de Lodi,Il se tient coi… dedans ses veines ;Le sang du Corse est refroidi.
Oh ! quand viendra la belle !Voilà des mille et des cents ansQue Jean Guêtré t’appelle,République des Paysans ! (bis)
Que va donc devenir la France,Si rien n’en sort à ce momentOù le cri de l’indépendanceNous appelle au grand armement ?Soldats, citadins, faites placeAux paysans sous vos drapeaux ;Nous allons nous lever en masseAvec les fourches et les faux.
Oh ! quand viendra la belle !Voilà des mille et des cents ansQue Jean Guêtré t’appelle,République des Paysans ! (bis)
Les noirs et les blancs, sans vergogne,Voudraient nous mener sur ParisPour en faire une autre PologneEt nous atteler aux débris.A bas les menteurs et les traîtres,Les tyrans et les usuriers !Les paysans seront les maîtresUnis avec les ouvriers,
Oh ! quand viendra la belle !Voilà des mille et des cents ansQue Jean Guêtré t’appelleRépublique des Paysans ! (bis)
La terre va briser ses chaînes ;La misère a fini son bail ;Les monts, les vallons et les plainesVont engendrer par le travail.
Affamés venez tous en fouleComme les mouches sur le thym.Les blés sont mûrs, le pressoir coule,Voilà du pain, voilà du vin.Oh ! quand viendra la belle !Voilà des mille et des cents ansQue Jean Guêtré t’appelle,République des Paysans ! (bis)
72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources