Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
A certaines abeilles
Aux flancs blonds de la ruche, ioniques abeilles,Dès que le miel ouvré pend en grappes vermeilles,Suc embaumé des fleurs, esprits des végétaux,Comme aux rochers sculptés le prisme des cristaux,Les paysans unis, ardents à vous poursuivre,S’arment de longs bâtons et d’instruments de cuivre.Ne perdez pas sur eux vos frêles aiguillons ;Leur main s’est endurcie à creuser les sillons,Et, pour parer vos coups, leur front hâlé se voile,D’une bure grossière ou d’un lambeau de toile ;Laissez-leur le champ libre et fuyez sans combats !Les chênes des forêts vous ouvrent leurs grands bras ;Dans leur tronc caverneux et sous leur verte voûteQue votre liqueur d’or se forme goutte à goutte !Nul ne vous troublera dans vos labeurs secrets,Si ce n’est le rêveur errant dans les forêts,Ou quelque blonde enfant qui, de soif épuisée,En savourera mieux l’odorante rosée.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources