Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le coursier
Qu’impatient de servitudeUn coursier à demi domptéSe prenne à rêver solitude,Gazon, air pur et liberté :Le plus léger fardeau l’indigne,Et les fanfares du claironL’emportent bien loin de la ligneOù le pousse un faible éperon.En vain l’homme retient les guides ;Il ne reconnaît plus sa main ;D’un bond… il est seul, le cheminSemble fuir sous ses pieds rapides.
Vers ses maternelles forêtsUn invincible instinct le pousse.Là, des fourrages toujours prêts,De molles litières de mousse ;Là, pour abri contre l’été,L’ombre que le chêne déploie.En recouvrant sa liberté,Le fier coursier hennit de joie :Quel doux gazon ! le cou ployé,Il veut l’atteindre et perd sa peine ;Pauvre captif ! son frein le gêne,Son frein, qu’il avait oublié.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources