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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Vesper

Pierre Dupont· 48 vers

Lis enflammé que le soir fait éclore,Et qui fleuris dans les plaines des cieux,Lorsqu’en nos champs tout devient incoloreDe tes clartés tu réjouis mes yeux :Quand le berger voit poindre ta lumière,Vers le bercail il chasse les troupeaux,Et, chaque soir, en fermant sa chaumière,Il chante avant de prendre son repos :

Au ciel sans voile,O mon étoile !Astre du soir, luis doucementPour le berger et pour l’amant !

Le malheureux dont la vue est bornéeAux murs étroits d’une obscure prison,A ses barreaux, quand finit la journée,Vient s’accouder et cherche à l’horizon.Alors, s’il voit aux franges de la nueLe doux reflet de ta blanche clarté,Le prisonnier chante ta bienvenueDans ce refrain, par le vent emporté :

Au ciel sans voile,O mon étoile !Astre du soir, luis doucementPour le captif et pour l’amant !

Sous d’autres cieux égaré sans boussole,Le matelot te cherche du regard ;Ton doux aspect le charme, le console,Et le reporte à l’instant du départ.Quand il partit, sa chère MadeleineLui dit au port, essuyant son œil noir :Embrassons-nous, et, pour chasser la peine,Disons souvent à l’étoile du soir :

Au ciel sans voile,O notre étoile !Astre du soir, luis doucementEt pour l’amante et pour l’amant !

Tout isolé qu’une triste mansardeRetient captif loin du pays natalDans l’azur clair chaque soir te regardePour oublier que son cœur lui fait mal ;Il croit revoir son clocher de villagePar ta lueur mollement effleuré,Et la rivière où tremble ton image ;Enfin il chante, après avoir pleuré :

Au ciel sans voile,Sois mon étoile ;Pourquoi luirais-tu seulementPour le berger et pour l’amant ?

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources