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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Le garçon de moulin

Pierre Dupont· 88 vers

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Quand l’eau verte bat les palettesDe ma roue et les chasse en l’air,Quand retombent en gouttelettesLes flots de moire et d’argent clair,Je ne songe qu’à mon amie :Elle est fine comme un bouleau ;Sis yeux ont la couleur de l’eau ;Mais sa joue est un peu blêmie.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Pendant que ma mie est à coudreEt pique son joli doigt blanc,Je regarde ma meule moudre,Toujours tournant, grondant, roulant ;Mon Dieu ! que l’eau du moulin gèle,Si, pendant que je veille au grain,Le cœur de quelque beau voisinAllait faire tic tac chez elle.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Si j’avais sur une rivièreUn joli moulin ballant l’eau,Dès demain j’aurais ma meunièreInstallée en mon gai château.De soie et de toilette fineJe la nipperais joliment ;Quelques jours de bon traitementAuraient bientôt rougi sa mine.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Elle aurait cent aunes de toile,Autant qu’on en peut employer,Une chaîne en or, un beau voile,Une grande armoire en noyer,Douze chaises de fine paille,Un lit avec un baldaquin :Il faut savoir user le gainEt s’amuser quand on travaille.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Puisqu’en travaillant je m’amuse,Seulement pour les effrayer,Sur les poissons de mon écluseJe traînerais mon épervier.Ma meule en état, par semainePlus de cent sacs de blé moudrait,Et le malheureux trouveraitDe beau pain blanc ma huche pleine.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Jeannette aurait une couronneDe beaux enfants dans quelque temps :Ainsi le cerisier boutonne,Ainsi l’oiseau niche au printemps.Mais, hélas ! au clair de la lune,Comme chez Pierrot j’ai rêvé ;Mon père ne m’a pas trouvéSur le chemin de la fortune.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;.Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

Mon amour me tourne la tête,Je sens que j’en deviendrai fou.Quand même j’obtiendrais Jeannette,Que peut-on faire sans un sou ?Je veux trouver une machinePour scier d’un coup la moisson,Ou pour changer un sac de sonEn un sac de blanche farine.

Tic tac, tic tac, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour ;Tra la la la, j’ai de l’amour,Tic tac, tic tac, pour plus d’un jour.

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources