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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

La chanson de jeannette

Pierre Dupont· 84 vers

Sitôt que je me lèveJe songe à mon ami ;C’est la fin de mon rêve,Car je rêvais de lui.C’est pour lui que je peigneEt frise mes cheveux,Et, lorsqu’il me dédaigne,Il fait pleurer mes yeux.

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

Pour lui seul je m’habille,Propre comme un bijou,Et c’est pour lui que brilleLa croix d’or à mon cou ;C’est pour lui que j’achèteDe jolis tabliers,Et que, les jours de fête,Je mets de beaux souliers.

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

Quoique étant du village,Il a si bon maintien,Un si riant visage,Un si bel entretien !Sa main carrée et rousseAu besoin vous défend ;Mais il a la voix douceEt les yeux d’un enfant.

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

Que ne suis-je hirondelleOu bien martin-pêcheur,Pour guetter s’il m’appelleDans l’ombre et la fraîcheur !Quand il rôde et s’arrêteAutour de son moulin,Pense-t-il à JeannetteLorsque Jeannette est loin ?

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

La preuve qu’il y pense,C’est qu’il vient pour me voirD’une grande distance,Lorsque tombe le soir ;A l’heure qu’il s’échappeJe le sens accourir ;Lorsqu’à ma vitre il frappe…Je manque d’en mourir.

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

En semaine à la lune,Le dimanche au soleil,Quelle bonne fortune,Quel amour sans pareil !Nous nous parlons ensemble,Sans rien dire souvent,Sous la feuille qui trembleAu caprice du vent.

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

Mais, hélas ! la prièreDes pauvres amoureuxSert autant qu’une pierreQui roule dans un creux :Jeannette sur la routeS’en va loin du meunier,Et le meunier sans douteCommence à l’oublier.

Ah ! Dieu sait que je l’aimeInvariablement !Et j’en suis toute blêmeD’y penser seulement.

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources