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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Le pain

1846-1847

Pierre Dupont· 84 vers

Quand dans l’air et sur la rivièreDes moulins se tait le tic-lac,Lorsque l’âne de la meunièreBroute et ne porte plus le sac,La famine, comme une louve,Entre en plein jour dans la maison ;Dans les airs un orage couve,Un grand cri monte à l’horizon.

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

La faim arrive du villageDans la ville par les faubourgsAllez donc barrer le passageAvec le bruit de vos tambours !Malgré la poudre et la mitraille,Elle traverse à vol d’oiseau,Et sur la plus haute murailleElle plante son noir drapeau.

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

Que feront vos troupes réglées ?La faim donne à ses bataillonsDes armes en plein champ volées,Aux prés, aux fermes, aux sillons :Fourches, pelles, faux et faucilles ;Dans la ville, au glas du tocsin,On voit jusqu’à des jeunes fillesSous le fusil broyer leur sein.

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

Arrêtez dans la populaceCeux qui portent fusils et faux ;Faites dresser en pleine placeLa charpente des échafauds ;Aux yeux des foules consternées,Après que le couteau sanglantAura tranché leurs destinées,Un cri s’élèvera du sang.

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

C’est que le pain est nécessaireAutant que l’eau, l’air et le feu.Sans le pain on ne peut rien faire ;Le pain est la dette de Dieu.Mais Dieu nous a payé sa dette :A-t-il refusé le terrain ?Le soleil luit sur notre tête,Et peut toujours mûrir le grain.

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

La terre n’est pas labourée,Et le blé devrait, abondant,Jaunir la zone tempérée,Et du pôle au tropique ardent.Déchirons le sein de la terre,Et, pour ce combat tout d’amour,Changeons les armes de la guerreEn des instruments de labour.

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

Que nous font les querelles vainesDes cabinets européens ?Faudrait-il encor pour ces hainesArmer nos bras cyclopéens ?Du peuple, océan qui se rue,Craignez le flux ou le reflux ;Donnez la terre à la charrue,Et le pain ne manquera plus

On n’arrête pas le murmureDu peuple, quand il dit : J’ai faim ;Car c’est le cri de la nature :Il faut du pain !

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources