Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le pâturage
Dans les grands prés qu’on voit s’étendreEntrecoupés de saules bleus,Au long du fleuve il faut entendreMugir les vaches et les bœufs,De nuances tachant la plaine,De roux, de gris, de noir, de blanc :Leur queue avec son bout de laineChasse les mouches de leur flanc.
Pendant que berger et bergèreSe font des niches pour se plaireSous les saules du bord de l’eau,Un autre en profite pour traireLeur plus belle vache laitière,En se cachant dans le troupeau.
L’œil vague, les cornes torduesNe prennent un air menaçantQue si les oreilles tenduesAnnoncent un danger pressant.Le mufle est luisant, la mâchoireBroute, rumine et va toujours,Si ce n’est au moment de boire ;Le fanon pend, les pieds sont courts.
Pendant que berger et bergèreSe font des niches pour se plaireSous les saules du bord de l’eau,Un autre en profite pour traireLeur plus belle vache laitière,En se cachant dans le troupeau.
Autour des grands troupeaux qui paissentOn voit les oiseaux voleter ;Les dents des ruminants leur laissentDe petits vers à becqueter.Un essaim de bergeronnettesNaît des pas de chaque animal,Comme si de ces nobles bêtesElles ne craignaient aucun mal.
Pendant que berger et bergèreSe font des niches pour se plaireSous les saules du bord de l’eau,Un autre en profite pour traireLeur plus belle vache laitière,En se cachant dans le troupeau.
Le veau fait une cabriole ;Le taureau, les yeux pleins de sang,A cru voir une banderoleDans la cravate d’un passant.Il se jette sur la génisse ; :Pendant que l’herbe au bœuf déplaît,La vache, tous les ans nourrice,Traîne ses pis gonflés de lait.
Pendant que berger et bergèreSe font des niches pour se plaireSous les saules du bord de l’eau,Un autre en profite pour traireLeur plus belle vache laitière,En se cachant dans le troupeau.
Quand la bête a son poids de graisse,Elle tombe aux mains du boucher,Qui la tue et qui la dépèce,Ayant eu soin de l’écorcher.Les os, les nerfs, la corne, utiles,Entre les mains des ouvriers,Se façonnent en ustensiles,Et du cuir on fait les souliers.
Pendant que berger et bergèreSe font des niches pour se plaireSous les saules du bord de l’eau,Un autre en profite pour traireLeur plus belle vache laitière,En se cachant dans le troupeau.
Apprenons de ces belles bêtesLe calme à l’heure de mourir ;Quand la masse brise leurs têtes,Elles ne semblent point souffrir.Le soir couvre le pâturage,Le troupeau sort de l’abreuvoir,Et Jeanne en son rouge corsageLe chasse à l’étable : bonsoir,
Pendant que berger et bergèreSe font des niches pour se plaireSous les saules du bord de l’eau,Un autre en profite pour traireLeur plus belle vache laitière,En se cachant dans le troupeau.
84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources