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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Le scieur de long

Pierre Dupont· 84 vers

Manger l’écuelle pleineDe soupe de bon pain,Où la cuiller se tienneDroite comme un sapin ;Ajouter pour doublureDe vin rouge un plein bord.Cela met en allureQuand, du matin, l’on sort.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

D’abord on prend sa hache,Et han ! d’un coup de voixEt d’épaule on détacheLes écorces du bois.La hache est meurtrière,L’adroit scieur de long,Les deux pieds en équerre,La fait tomber d’aplomb.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

La poutre est dégrossie ;On trace pour y voirUn passage à la scieAu cordeau rouge ou noir.Il faut pour mettre en placeLes grands quartiers de bois,Des hommes de la raceDes chevaux d’autrefois.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

Arrivons à la scie ;Elle est d’un bon acier,Mais pas trop dégrossiePour ce qu’il faut scier ;Mais avant qu’on la dresseOn la lime avec art ;Pour finir on la graisseD’une couenne de lard.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

L’un des compagnons monteComme sur l’échafaud,Mais il n’a pas de honteA regarder d’en haut.La scie avance et glisseEn chantant comme un geai ;Avouons sans maliceQue son chant n’est pas gai.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

A deux on fait les planches,L’un dessus, l’autre en bas ;A détirer ses hanchesOn ne se lasse pas ;Sciant sapins et chênes,Le bois blanc, le bois dur,On gagne pour ses peinesPeu d’argent, mais c’est sûr.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

Tout l’argent que l’on gagneOn l’envoie au pays,A la chère montagne,A la femme, aux petits.On porte une.culotteEn velours de cotonEt des bas que tricoteEn hiver Jeanneton.

De peu je me soucie,Pauvre scieur de long,Tant que j’entends ma scieChanter dans le vallon.

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources