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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

MIDI

Pierre Dupont· 90 vers

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi.

Belle nuit, quand tu te dévoiles,J’y vois surnager tes étoilesComme de grands nénuphars d’or,Quand la lune y montre sa face,Sa pâleur étrange me glaceComme l’image de la mort.

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi.

Le crépuscule rompt ses langes,Et sème de pâles orangesLes profondeurs de l’étang noirQui soudain s’éclaire de rose,Quand ton pied enfantin s’y pose,Blonde Aurore, fille du Soir.

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi.

Alors, tout n’est plus qu’allégresse,La fleur des eaux dit sa tendresse,Le poisson riposte à l’oiseau ;Le soleil chasse le phalèneEt le hibou dans le vieux chêne ;La demoiselle rase l’eau.

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi.

Aux aguets le chevreuil timideHasarde sur la berge humideSon pied fendu si prompt à fuir ;Sous ses frais baisers l’eau frissonneMoins que lui, dès qu’un bruit résonne,De cor, de cloche ou de zéphir.

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage ;Y vient sur le midi.

Sur le midi s’en vient ma mie,A l’heure où l’onde est endormie,Où la feuille ne bouge pas ;Si bien qu’en la forêt profonde,Avant de se fier à l’onde,Elle entendrait venir des pas.

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi,

Je vois flotter sa blanche robe,Un feuillage me le dérobe,Je tiens mon souffle, je la vois ;Soudain, ô terreur ! ô colère !Près de son corps tombe une pierreQui sort de l’épaisseur des bois.

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi.

J’entends au loin l’éclat de rireD’un pâtre, moderne satyre,Que menace en vain mon courroux.La belle, confiante et pure,Me dit, renouant sa ceinture :« Je n’ai pas peur auprès de vous. »

Gouttes d’eau, filles du nuage,Filtrez à travers le feuillageSur l’étang attiédi,Car ma mie au gentil corsage,Aux pieds blancs, au rose visage,Y vient sur le midi.

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources