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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Le siège de Sébastopol

1855

Pierre Dupont· 84 vers

D’Odessa la blanche fumée,Et de Bomarsund le canon,Au gré de notre double arméeOnt-ils vengé Sinope ? Non.De l’Alma la claire victoireD’Inkerman le sanglant succès,N’étaient que des arrhes de gloire :Ce n’était pas encore assez.

L’aigle double tient bon sur cette citadelle,Et l’on a beauTirer sur cet oiseau ;Il crie encore et bat toujours de l’aile :Soldats, il fautViser plus haut !

Nous avions débarqué sans peine,Et nous pensions, d’un tour de main,Après avoir battu la plaine,Battre les forts le lendemain.Ces tours de granit imprenablesN’ont d’accès que par le ciel bleu ;Nos soldats, quoique vulnérables,Sont des salamandres au feu.

L’aigle double tient bon sur cette citadelle,Et l’on a beauTirer sur cet oiseau ;Il crie encore et bat toujours de l’aile :Soldats, il fautViser plus haut !

Dans ces lamentables batailles,Quel mutuel acharnement !Les Russes comme des muraillesRésistaient au bombardement.Les zouaves comme des chèvresEscaladaient les défilés :Les ennemis comme des lièvresFuyaient, une fois ébranlés.

L’aigle double tient bon sur cette citadelle,Et l’on a beauTirer sur cet oiseau ;Il crie encore et bat toujours de l’aile :Soldats il fautViser plus haut !

Embourbés jusqu’à la ceinture,Dans la pluie et le froid des nuits,Les fléaux, la température,Sont nos plus cruels ennemis.De nos chasseurs la carabineAjuste à plus de mille pas,Et leur calcul certain devineLe but que leur œil ne voit pas.

L’aigle double tient bon sur cette citadelle,Et l’on a beauTirer sur cet oiseau ;Il crie encore et bat toujours de l’aile :Soldats, il fautViser plus haut !

Vers les murs la tranchée avance ;On les enjamberait d’un saut :On bride notre impatience ;Que le clairon sonne l’assaut !Prenons le chemin de la bombe,Qui s’élève au-dessus du sol,Trace une courbe immense et tombeSur les toits de Sébastopol.

L’aigle double tient bon sur cette citadelle, .Et l’on a beauTirer sur cet oiseau ;Il crie encore et bat toujours de l’aile :Soldats, il fautViser plus haut !

Des deux parts quelle boucherie !Que de morts ! Il faut en finir ;Mais non pas sans que la PatrieN’ait, au retour, à nous bénir :Du droit des gens elle est jalouse ;Appuyons-le de nos fusils,Et songeons qu’en dix-huit cent douzeUn autre czar nous a trahis.

L’aigle double tient bon sur cette citadelle,Et l’on a beauTirer sur cet oiseau ;Il crie encore et bat toujours de l’aile :Soldats, il fautViser plus haut !

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources