Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le tueur de lions
Mes beaux lions aux crins dorés.Du sang des troupeaux altérés,Halte-là ! je fais sentinelle,Et ma carabine mortelle,Visant à la fauve prunelle,Fait jaillir l’âme en flots pourprés.
Dans la torride solitudeOù vous régnez, rois redoutés,Rien n’offense la quiétudeDe vos farouches majestés.Tigre, léopard et panthère,Devant vous sont rampants et doux ;Moi, je ris de votre courroux :Je tiens dans mes mains le tonnerre,
Mes beaux lions aux crins dorés,Du sang des troupeaux altérés,Halte-là ! je fais sentinelle,Et ma carabine mortelleVisant à la fauve prunelle,Fait jaillir l’âme en flots pourprés.
Rois chasseurs, faites vos bourrichesAvec les plus nobles gibiers ;Éventrez les daims et les biches,Les renards et les sangliers.Tenez-vous à l’écart des tentesOù sont à l’abri nos colons,Ne guettez pas en nos vallonsLes bœufs et les vaches errantes.
Mes beaux lions aux crins dorés,Du sang des troupeaux altérés,Halte-là ! je fais sentinelle,Et ma carabine mortelle,Visant à la fauve prunelle,Fait jaillir l’âme en flots pourprés,
Quand le lion, quand la lionne,Ont rôdé près d’une maison,On me hèle : mon arme est bonneEt mon œil perce à l’horizon.Comme un boa j’attends, je guette,Ma balle, horrible guet-apens,Siffle, et mord comme les serpents,Tantôt le cœur, tantôt la tête
Mes beaux lions aux crins dorés,Du sang des troupeaux altérés,Halte-là ! je fais sentinelle,Et ma carabine mortelle,Visant à la fauve prunelle,Fait jaillir l’âme en flots pourprés.
Je veux à ma mère chérie,Avec la hampe d’un drapeau,D’une lionne d’Algérie,En Hercule, apporter la peau,Près du bois où ma soif guerrièreS’allumait à tuer les loups,Je veux clouer avec six clousCe grand trophée à ma chaumière.
Mes beaux lions aux crins dorés,Du sang des troupeaux altérés,Halte-là ! je fais sentinelle,Et ma carabine mortelle,Visant à la fauve prunelle,Fait jaillir l’âme en flots pourprés.
62 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources