Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Le voyageur a pied

Pierre Dupont· 65 vers

Au premier cri de l’hirondelle,Sitôt que la route blanchit,Le voyageur que l’aube appelleS’éveille et saute à bas du lit ;Guêtré, lavé, la tête fraîche,L’œil limpide comme un miroir,Le sac au dos : Qu’on se dépêche !Dame hôtesse ! bonjour, bonsoir !

Gai, chantant en route,Le joyeux piétonEn marchant s’écoute,Et de son bâtonMarque la cadence et le ton.

Son noueux bâton de voyageMarqué d’avance, il l’a coupéAu front d’un néflier sauvage,Et dans la flamme il l’a trempé ;Ce n’est qu’une arme défensivePour écarter les chiens errantsEt les gens dont l’humeur trop viveSe prend de querelle aux passants.

Gai, chantant en route,Le joyeux piétonEn marchant s’écoute,Et de son bâtonMarque la cadence et le ton.

Au roulier il tient compagnie,Riant du scepticisme amerDe ce vieux mécréant qui nieLe succès du chemin de fer.Il lui répond : Mais que sera-ce,Quand les ballons vont se frayerUn nouveau chemin dans l’espace,Emportant charrette et roulier ?

Gai, chantant en route,Le joyeux piétonEn marchant s’écoute,Et de son bâtonMarque la cadence et le ton.

Qu’une chaise de poste roule,Laissant flotter un voile vert,Son cœur bat, son gosier roucoule,Et sa lèvre siffle un doux air ;Dans sa tête un roman commenceDont il voit le dénoûment fuir ;On en ferait une romance,Mais il n’en reste qu’un soupir.

Gai, chantant en route,Le joyeux piétonEn marchant s’écoute,Et de son bâtonMarque la cadence et le ton.

A cette image fugitiveSuccède un tableau plus certain.C’est l’amoureuse plus naïveQui l’appelle dans le lointain ;De sa fenêtre elle regarde,L’oreille ouverte au moindre bruit,Et, si le gai piéton s’attarde,Elle pleurera cette nuit.

Gai, chantant en route,Le joyeux piétonEn marchant s’écoute,Et de son bâtonMarque la cadence et le ton.

65 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources