Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La sérénade du paysan
Sur mon visage aux frais contoursQuand fleurit la cire des prunesEt des pêches le doux velours,J’aimais les blondes et les brunes ;Je les guettais à l’herbe, aux champs,Aux noisettes, jusqu’à l’église,Perdant mes amours et mon temps :Je ne connaissais pas Denise.
L’une avait le pied pas plus grandQu’au jour même de son baptême ;Une autre, l’œil bleu transparentDe la fleur qui dit : Je vous aime ;Une était rouge, s’il vous plaît ;Une, blonde au teint de cerise ;Une autre, brune au teint de lait ;Je ne connaissais pas Denise.
L’oiseau bleu n’avait pas chantéCette romance langoureuseQui nous fait mettre de côtéToute autre que notre amoureuse.Mais il a chanté, Dieu merci !Depuis j’en ai la tête prise,Tout le corps et le cœur aussi :Depuis j’ai rencontré Denise.
Elle demeurait loin de tous,Toujours close dans sa chambrette,Aussi piquante que le houxPour ceux qui lui contaient fleurette.Quand je l’ai vue, elle a souriDu coup à ma bonne franchise.« Je veux être votre mari,Ai-je dit, « voulez-vous, Denise ? »
Elle vaut cinq dots à la fois,Trait les vaches comme une reine,Fait ce qu’elle veut de ses doigtsSans avoir l’air d’y prendre peine.Elle est belle comme le jour,Parée ou simple dans sa mise ;Je l’appellerais : fleur d’amour,Si je n’aimais pas mieux : Denise !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources