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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Mon âne

Pierre Dupont· 78 vers

L’autre jour, à cheval sur l’âne,La tête en l’air, je m’en allaisQuérir des navets pour ma Jeanne,Serrant la bête des mollets.Fleurissait au bord de la route,Plein de piquants, un gros chardon ;Mon âne l’avise et le broute,Mâchant l’herbe avec le bridon.

Hue donc, mon âne ! (Bis.)Si je baguenaude en chemin,Mornifflette ! il fera vilain :Au retour, dame JeanneMe garde un revers de main.

Vient à passer fleur de bourrique,A longue oreille, à l’œil bleu-noir ;L’âne brait, d’honneur il se pique,Il est tout aise de la voir.Sur ses deux jambes de derrière,En renâclant, il se tient droit :J’étais bien près de baiser terre,Il s’en fallait juste d’un doigt.

Hue donc, mon âne ! (Bis.)Si je baguenaude en chemin,Mornifflette ! il fera vilain :Au retour, dame JeanneMe garde un revers de main.

Après, lui prend une fringale ;L’âne sentimentalementLes quatre fers en l’air s’étaleAvec musique et tremblement.Je criais entre l’âne et terre,Comme quand on saigne un pourceau ;Quand on m’a pêché dans l’ornière,Je buvais à même au ruisseau.

Hue donc, mon âne ! (Bis.)Si je baguenaude en chemin,Mornifflette ! il fera vilain :Au retour, dame JeanneMe garde un revers de main.

Enfin j’arrive à la verdure,De navels j’arrache un arpent,J’en charge à crever ma monture,Nous revenons clopin, clopant.L’âne, en chemin, tournant la tête,Du bout des dents mord au navet ;Un bouchon de houx nous arrêteA la porte du cabaret.

Hue donc, mon âne ! (Bis.)Si je baguenaude en chemin,Mornifflette ! il fera vilain :Au retour, dame JeanneMe garde un revers de main.

Je bois, laissant l’autre à la porte,Quelques brocs avec les amis,Tant que sur l’âne on me rapporteA moitié saoul, à moitié gris.Au retour, jugez la surprise,Plus de navets dans le panierJeanne d’un soufflet me dégrise :Il en cuit de se marier.

Hue donc, mon âne ! (Bis.)Si je baguenaude en chemin,Mornifflette ! il fera vilain :Au retour, dame JeanneMe garde un revers de main.

Si l’on sait dans le voisinageQue ma Jeanne m’a souffleté,Au mardi gras, c’est un usage,Sur l’âne je serai monté,Lié d’une corde solide,Coiffé de deux cornes au front ;Tenant la queue au lieu de bride,Et tous les enfants nous suivront !

Hue donc, mon âne ! (Bis.)Si je baguenaude en chemin,Mornifflette ! il fera vilain :Au retour, dame JeanneMe garde un revers de main.

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources