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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Monsieur de Viralœil

Pierre Dupont· 65 vers

Connaissez-vous monsieur de Viralœil,Vieillard galant dont les mots font fortune ?Souple, futé, vif comme un écureuil,Il connaît bien ses quartiers de la lune.Quoiqu’il ait des goûts inconstants,Il règle on ne peut mieux sa vie,Il ne prend pas à contre-tempsSa canne ni son parapluie.

Oh ! le gentilhomme, ô gué !Quel diplomate distingué !Il applaudit, quoi qu’il arrive ;Il saura bien trouver le gué,S’il faut passer à l’autre rive.

Il faut le voir, ce coq de l’alentour,Se pavaner aux lieux où l’on parade !A chaque dame il fait un doigt de cour,De droite à gauche il décoche une œillade.Avec son frac, ses gants fanés,Son fin jabot de mousseline,Sa badine et son pince-nez,C’est une élégante ruine !

Oh ! le gentilhomme, ô gué !Quel diplomate distingué !Il applaudit, quoi qu’il arrive ;Il saura bien trouver le gué,S’il faut passer à l’autre rive.

De ses enfants il ignore, dit-on,Le nombre, l’âge et le sexe ; peut-êtreAurait-il fait un mari du bon ton ;Hélas ! l’hymen ne fut jamais son maître.Cela n’a pas tenu qu’à lui ;D’ailleurs il a trouvé commodeDe chasser le gibier d’autrui ;Vice élégant fort à la mode.

Oh ! le gentilhomme, ô gué !Quel diplomate distingué !Il applaudit, quoi qu’il arrive ;Il saura bien trouver le gué,S’il faut passer à l’autre rive.

En politique, il n’a jamais eu tort,Mettant toujours une aisance parfaiteA se ranger du côté du plus fort,Avant le soir même de la défaite .Son grenier cache vingt portraitsDont on retrouve la nuanceSur sa perruque et dans ses traitsAvec un petit air régence.

Oh ! le gentilhomme, ô gué !Quel diplomate distingué !Il applaudit, quoi qu’il arrive ;I] saura bien trouver le gué,S’il faut passer à l’autre rive.

Lorsque la mort touchera le vieillardLe lendemain d’un repas d’étiquette,Les gens bien nés suivront son corbillardEn escarpins, en légère toilette.Un beau parleur l’embaumeraDans une phrase académique,Et sur sa tombe on poseraUn pot de fleurs de rhétorique,

Oh ! le gentilhomme, ô gué !Quel diplomate distingué !Il applaudit, quoi qu’il arrive ;Il saura bien trouver le gué,S’il faut passer à l’autre rive.

65 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources