Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
L’absent
Quand je suis seul sur la montagne,Mes yeux embrassent l’horizon,J’appelle ma compagneRestée à la maison.
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
La nécessité nous sépare,Est-il une plus dure loi ?Dans les bois je m’égarePour n’y penser qu’à toi.
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
Les bois, l’azur de la rivièreEt le jour me sont odieux,Privés de la lumièreQue répandent tes yeux.
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
Que me veut cet oiseau qui chante ?Que voulez-vous, petites fleurs ?Mon amie est absente,Laissez couler mes pleurs !
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
N’est-ce pas ta voix qui m’appelleDans le vent qui vient du nord-est :Comme une barque frêleMon cœur manque de lest.
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
Vents, remettez-vous en voyage,Prenez le chemin le plus court,Portez-lui mon message,C’est un soupir d’amour.
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
Pigeons blancs, traversez l’espace,Et portez-lui, sans vous poser,Ces mots que ma main trace,Une fleur, un baiser.
Chère âme de ma vie,Tu m’attends sans espoir,Et mon unique envieEst de te voir,De te revoir.
63 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources