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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875

« Ne vous demandez pas ce qu’il fait quand il erre »

Pierre Dupont· 32 vers

Ne vous demandez pas ce qu’il fait quand il erre,Et qu’on ne le voit plus, le triste solitaire ;Il s’épuise à marcher sans trêve devant lui.Épiant si dans l’air quelque lueur a lui,Écoutant tour à tour les forêts et la foule,Méditant, et cherchant à son idée un moule.

Il va, lorsque les bois, tordus par les autans,Semblent de leurs soupirs appeler le printemps,Chercher de noirs aspects et les plus sombres teintes,Pour dire vos douleurs et colorer vos plaintes,O cœurs qui désirez, las de tant de revers,Saluer le printemps après vos longs hivers !Quand la forêt verdoie et, plus hospitalière,Rappelle des oiseaux la troupe familière ;Quand un souffle brûlant fait les plantes germer,Les fleurs s’épanouir et les couples s’aimer,Il va le long des prés où la génisse broute,Le long de la rivière et sous la verte voûteQue forment les tilleuls aux frênes mariés,Étudier les tons charmants et variésQu’offre à ses yeux épris la divine palette ;Afin que dans son vers cet éclat se reflèteEt que, vous y plaisant, vous lui disiez : Ami,Allez souvent au bois où vous avez dormi ;Allez au bord des flots, allez sous l’ombre épaisse,Dans la grotte inspirée où vous rit la Déesse,Y rêver de ces vers que dore le soleil,Et ne hâtez pas trop pour nous votre réveil.Voilà quel est son but, et, s’il ne l’atteint guère,C’est que pour ses soupirs la Muse trop sévèreEn aime ailleurs, peut-être, un autre qui la fuit,Et se plaît à lasser l’amant qui la poursuit

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources