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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Rochetaillée

Pierre Dupont· 104 vers

Dans le pré, le saule bleuâtreSe marie aux verts peupliers :Le village en amphithéâtreÉtale ses hauts espaliers :Un château repeint le couronne,Les habitants sont bonnes gens,Et ne font de mal à personne,Étant presque tous indulgents.

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris !

La Roche autrefois fut tailléePar les farouches Sarrasins ;Maintenant elle est émailléeD’arbres, de fleurs et de raisins :Le village autrefois vit naîtreJean, beau cardinal empourpré,A cette heure, il y croît peut-êtreUn génie encore ignoré.

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris !

Est-il plus riant paysage !La Saône, miroir transparent,Y dort si bien, que, du rivage,César n’en vit pas le courant ;Je crois que ma barque dérive,Que fait César à ma chanson !Pour célébrer cette humble rive,Il suffit du chant d’un pinson.,

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris !

Pourtant la rive a son tumulteDe chevaux et de mariniers,Dont la langue toujours inculteSe hérisse de mots grossiers :Mais la vapeur au blanc panacheComme un trait glisse à l’horizon :L’aubergiste rentre et se fâche,Il voit désemplir sa maison.

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris !

Aux jours de vogue, quelle fête !Jeanne paraît : vous connaissezSa taille, sa jambe bien faite,Sa bouche en cœur, ses yeux baissés,Son bonnet à la paysanne,De fines dentelles garni :Avant que sa beauté se fane,Il faut prendre la pie au nid.

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris !

Tu ne m’as pas donné naissance,Doux village, mais j’ai tétéDans ton sein la simple scienceEt l’amour de la vérité.Je vois toujours flotter l’imageDu bon pasteur, de mon mentor,Dans les peupliers du rivage :J’entends toujours ses conseils d’or.

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris !

Écho d’un passé qui s’efface,Il m’instruisait dans le passé ;Soudain comme un wagon qui passe,Mon jeune esprit s’est élancé ;Je suis sur la pente rapideDu progrès et de l’avenir :Du haut des cieux, mon ancien guide,Tends ton bras pour me soutenir :

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris.

Dans mon existence agitée,Quand un temps d’arrêt… se fera,Vers cette colline abritéeLe rail luisant m’emportera ;J’irai respirer sur ces roches ;L’air de Paris est étouffant,Et j’aime tant le son des clochesQue je sonnais, étant enfant !

Gentil village,Riante plage,Rochetaillée, ô doux paysOù s’est écoulé mon jeune âge,Pour toi je quitterais Paris.

104 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources