Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La chanson
Que fais-tu, dans ce silenceOù tu dors enseveli ?Bannis cette somnolence :C’est la mère de l’oubli.Qui donc es-tu, qui m’appelles,Messagère aux blanches ailes ?
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !
Anacréon, qui s’ennuieSous ses lauriers toujours verts,S’enquiert si la poésieEst morte en notre univers :Qui vaincra son ennui sombre,Qui déridera son ombre ?
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !
Tibulle, Horace et ProperceDemandent, en soupirant,Si c’est du nectar qu’on verseDans ce cristal transparent.Ah ! ce n’est pas du Falerne !C’est d’un petit vin moderne :
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !
Collé, qui fut peu sévère,querelle avec Vadé ;Panard, qui légua son verre,Dort, sur la table accoudé.Qui termine nos querelles,Qui rallume nos prunelles ?
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !
Béranger rompt une lanceAvec l’ami Désaugiers ;J’aime à voir mettre en balanceCes aimables chansonniers.Qu’est-ce qui les fait survivreA l’auteur de maint gros livre ?
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !Auprès de Rouget de LisleMarche Hégésippe Moreau ;J’entends causer Charles GilleAvec Émile Debraux.Quelle noble et vive NammeA pu consumer leur âme ?
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !
Dans un bosquet j’entends Lise,Elle raille son amant,Et se plaint d’être incompriseQuand elle aime éperdument.Dites-moi qui la console,Qui lui fait une auréole ?
‒ C’est la chanson ;Chantons tous à l’unisson !
Depuis que Lise est malade,La chanson a tourné l’œil,La légende et la balladeA son chevet sont en deuil ;Que mon amour la guérisse !Que son mal cède au caprice
64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources