Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Une perle
D’où viens-tu, plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau ?
As-tu fait quelque algarade,Pris de force un jeune cœur ?Ton cheval, en camarade,Prend part à ta bonne humeur.Tu viens de loin, je présume,Avec un coureur pareil :Il est blanc d’écume et fumeComme un brouillard au soleil.
D’où viens-tu, plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau ?
Nous avons fraîche litièreEt foin sec au râtelier ;D’ailleurs, la poussière altèreLa bête et le cavalier :Viens m’ouvrir ton cœur sans honteJe ne sais que trop, mon cher,Que la tentation prompteEst plus forte que la chair.
D’où viens-tu, plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau ?
On fait rafraîchir sa bête,Il vient trinquer avec moi ;Son beau visage reflèteUn cœur plein de bonne foi.« J’aime, dit-il, une fille« Qui n’a rien ; j’en suis aimé :« Quel affront pour ma famille !« De tous je serai blâmé. »
Il était plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau ?
« Chacun dit : « C’est une faute ! »« Mon père, aux pas chancelants,« Veut tenir la dragée haute,« Jurant par ses cheveux blancs.« Ma mère, à genoux, supplie ;« Elle a peur qu’en son faubourg« On dise : « Il se mésallie,« Si je cède à son amour. »
Il était plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau !
« J’ai mis son cœur à l’épreuve ;« De l’épreuve il est sorti« Plus beau qu’une pièce neuve ;« C’est mieux qu’un riche parti.« Non, la vague qui déferle« A la surface des mers« Ne cache pas une perle« Plus blanche au sein des flots verts, »
Il était plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau !
« Pour elle gaiement j’affronte« De passer pour un vilain ;« Sur ma couronne de comte« Je l’enchâsse dans l’or fin. »Il dit… Je vais à ma caveChoisir mon meilleur vin vieuxPour boire à ce noble esclaveEnchaîné par deux beaux yeux.
Il était plus gai qu’un brave,Le soir d’un sublime assaut,Qu’un corsaire après l’épave,Plus beauQue Hoche et Marceau !
83 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources