La comédie du monde, 1851
XIV. Un souper-régence
Florida, Rozemon,‖ Enguerrand et cinq drôles,Débiteurs de l’habit‖ qu’ils ont sur leurs épaules,Catilinas du whist,‖ aigrefins élégants,Qu’un préjugé bourgeois‖ admire sur leurs gants,Pour un souper joyeux,‖ pour une ample curée,Ont pris un rendez-vous‖ à la Maison dorée :Restaurant où le Diable,‖ aux nuits de carnaval,La serviette à la main,‖ tient son grand festival.Oh ! dans ces cabinets‖ où saute le champagne,Que d’esprits insensés‖ ont battu la campagne !Que d’étourdis, charmés‖ par un air fraternel,Ont mangé l’avenir‖ et le bien paternelAvec ces faux amis‖ dont la troupe s’envoleQuand au fond de la poche‖ il n’est plus une obole ;Après à la curée‖ et prompts à délaisserLe sot qui sur leurs pas‖ a voulu s’élancer :Saluant son réveil,‖ lorsqu’il sort du délire,Par l’infernal adieu‖ de leur éclat de rire.Jamais un œil humain,‖ je crois, ne regardaRien de plus séduisant‖ que cette Florida.Si je la décrivis‖ lorsqu’elle était Cécile,La bien peindre aujourd’hui‖ serait plus difficile.Sous l’étreinte et l’ardeur‖ des passions du malElle a pris dans sa grâce‖ un air original.Le vice offre à l’esprit‖ une pente terribleLa vertu n’a jamais‖ ce charme irrésistible ;Tandis que la pudeur‖ voile ses agréments,La luxure s’en fait‖ d’utiles instruments.La pauvre Cendrillon‖ s’étiole dans l’âtre ;Mais dès qu’avec fracas,‖ sur un autre théâtreElle paraît, portant‖ un costume de cour,Chacun de ses regards‖ fait éclore l’amour.A ces tentations‖ de parures, de fêtes,Vont se perdre aujourd’hui‖ les cœurs les plus honnêtes.« Quoi ! je consumerais‖ dans un obscur métier« Et dans la pauvreté‖ mon printemps tout entier ;« Certaine qu’à mes vœux‖ l’avenir se dérobe,« J’aurais pour me couvrir‖ une mesquine robe,« La même dans l’hiver‖ comme au temps le plus chaud…« Vivant dans ma mansarde‖ ainsi qu’en un cachot !« Pourquoi donc au bonheur‖ resterais-je rebelle ?« Pourquoi la pauvreté‖ quand je suis jeune et belle ? »C’est ainsi que Satan,‖ dans le Quartier latin,Récolte chaque jour‖ un fort joli butin.Pour atteindre aisément‖ le but qu’il se propose,Lui-même en cent façons‖ il se métamorphose :La soie aux doux reflets,‖ le bouquet odorant,L’orchestre dans le bal,‖ la carte au restaurant,Le gentil brodequin‖ qui rend le pied si leste,L’ombrelle, la capote,‖ élégance modeste,Tout cela c’est Satan,‖ docteur ès-passions.Filles qu’il veut tenter,‖ gare aux séductions !Satan a pour convaincre‖ un air si bon apôtre…Le plaisir qu’on accepte‖ est le chemin d’un autre.A peine avec le mal‖ a-t-on capitulé,Que le but va fuyant,‖ sans cesse reculé.Hier on ne voulait‖ que se distraire une heure ;Aujourd’hui dans le bal‖ jusqu’à l’aube on demeure.Mieux logée, on se trouve‖ encor trop simplement :Il faut, Cité Trévise,‖ un bel appartement.Eh quoi ! se fatiguer‖ à marcher dans la boue ?Vite un leste brougham‖ qui sur sa double roueEmportera Madame‖ aux endroits fréquentésOù vont cavalcader‖ les lions bien rentés.Et Satan rit alors ;‖ cet ennemi de l’âmeDans ses piéges toujours‖ fera tomber la femme.La parenthèse est longue…‖ Excusez, mais il fautParfois être un peu long,‖ et c’est un bon défaut.Si l’on voit aujourd’hui‖ tant de prostituées,C’est que pour la vertu‖ l’on n’a que des huéesEt qu’on tient en dédain‖ le travail, le talent,Si la loi du hasard‖ ne l’a fait opulent.Telle qu’un passereau‖ que le miroir captive,*A l’appel du plaisir‖ devenue attentive,Cécile avait compris‖ le charme souverainDe briller, de tenir‖ les hommes sous son frein ;Et bientôt surpassant‖ nos Phrynés à la mode,Elle avait excellé‖ dans ce métier commode.Plus elle avait souffert‖ de dégoûts et d’ennui,Plus elle s’en vengeait‖ maintenant sur celuiQui subissait son joug ;‖ avec quelque volumeQue l’on entrât chez elle,‖ on y laissait sa plume.Elle était magnifique‖ à voir auprès d’Arthur,Levant son verre plein‖ d’un alicante pur,Les cheveux déroulés,‖ la gorge bondissante,Et d’un appel hardi‖ la lèvre frémissante.« — Je crois, mes chers enfants,‖ que le plaisir languit,Dit-elle ; employons mieux‖ le reste de la nuit.Nous n’avons pas encor‖ salué comme un frèreLe punch, ce feu qu’on boit‖ dans le cristal du verre.Ne sait-on plus souper ?‖ Allons donc, Rozemon,Tu prends un air de saint,‖ toi le plus franc démon.— Comme elle me connaît !‖ s’écria le jeune homme.Mais toi, comment aussi‖ faut-il que l’on te nomme ;Toi qui, grisette hier,‖ as si promptement prisLe genre et les façons‖ qui plaisent à Paris ?Ce changement subit‖ augmente encor tes charmes,Et pour nous subjuguer‖ il te prête des armes.Révèle ton secret.— Je n’en ai pas. L’ennuiM’a faite tout d’un coup‖ ce qu’on voit aujourd’hui.— Mais ce ton élégant…‖ — Beau secret ! je suis femme,— Dis donc magicienne‖ habile à prendre une âme.— Mon cher Arthur, assez‖ de fades compliments.Qu’en faveur des amis‖ se taisent les amants,— Je suis trop pastoral :‖ mais il est difficileD’aimer ma Florida‖ sans exalter Cécile.Ah ! si le Fortunat‖ se présentait ici,Je crois que de nous voir‖ il aurait du souci.— A propos, dit alors‖ en riant un convive,Ce Môsieur eut pour vous‖ une passion vive.Comment se termina‖ votre églogue d’amour ?— Comme tout se termine :‖ on se convient un jour ;Et puis, le lendemain,‖ on se trouve insipides,Les meilleurs dénoûments‖ doivent être rapides.— Très-bien ! très-bien ! Buvons,‖ dit le cercle moqueur.— Respect à Fortunat ;‖ c’est mon premier vainqueur,Dit encor Florida ;‖ mais il n’était pas sage,Et le pauvre garçon‖ a fait vite naufrage.— Comment, dit Enguerrand,‖ serait-il raffalé ?— Si bien, que vers Bruxelle‖ un jour il a filé.Adieu sa commandite ;‖ il s’afflige et soupire…Par compensation‖ le hanneton respire. »Ce fut par un fou rire,‖ à remplir la maison,Que la troupe accueillit‖ la funèbre oraison.Tels étaient les adieux‖ de l’ingrate maîtressePour l’amant qu’elle avait‖ plongé dans la détresse.Lorsque le plaisir seul‖ a formé le lien,Aux jours où vous souffrez‖ ne comptez plus sur rien ;Et n’attendez jamais‖ qu’une tendresse loucheD’une femme qui vend‖ les baisers de sa bouche.Florida cependant‖ paraissait réfléchir.Elle laissait ses bras‖ et sa tête fléchir,Et semblait éprouver‖ le poids de la fatigue.On s’étonne. Enguerrand‖ que ce nuage intrigue,S’écrie, en se servant‖ un morceau délicat :« — Je serais satisfait‖ qu’un ami m’expliquâtLe souci que j’ai lu‖ dans les yeux de Madame,Ces yeux qui versent moins‖ de larmes que de flamme.— Ah ! je pensais, dit-elle.— Admirable ! charmant !Vous avez pour penser‖ bien choisi le moment !— Non, je me reportais,‖ par un pas en arrière,Vers le temps où j’allais‖ à pied, simple ouvrière,Gagnant le pain du jour,‖ heureuse de l’argentQui se trouvait au bout‖ d’un travail diligent.Il me fallait alors,‖ adonnée à ma tâche,Pour un bien faible prix‖ m’appliquer sans relâche :Mais aussi, mes besoins‖ étaient si modérés !Et quand de l’escalier‖ je montais les degrés,Lorsque je revoyais‖ mon étroite chambrette,Simple et sans ornement,‖ mais tranquille et proprette ;Quand j’arrangeais mes fleurs,‖ puis me mettais au lit,Je n’avais nul désir,‖ nul regret dans l’esprit.Sous mon petit chapeau,‖ sous une robe blanche,Vraiment je me trouvais‖ fort belle le dimanche.Je ne soupçonnais point‖ qu’on pût faire un faux pas,Ni surtout souhaiter‖ ce que l’on n’avait pas.D’ailleurs, dans le passé‖ je trouvais ma défense.J’avais eu la leçon‖ du malheur dans l’enfance ;J’avais appris à fuir‖ le scandale, le bruit.Mon père— un ouvrier—‖ revenait chaque nuitSombre, les yeux éteints‖ par son ivresse immonde ;Il s’irritait, jurait‖ et battait tout le monde.Il donnait son argent‖ aux filles du quartier.Si ma mère pleurait,‖ armé d’un tire-pied,Il la frappait… Pourtant,‖ c’était la pauvre femmeQui de notre mansarde‖ était l’espoir et l’âme,Elle qui nourrissait‖ d’un travail assiduLes enfants, le mari‖ dans ses vices perdu.Et si quelque prière‖ arrivait à sa bouche,Il la raillait, jetant‖ un blasphème farouche !…J’ai vu tant de malheur,‖ que j’en avais conçuLe besoin d’un état‖ modeste, inaperçu.Ma mère succomba,‖ victime de la vie…De la dispersion‖ cette mort fut suivie ;Mon père nous quitta,‖ pour nocer à son gré ;Au vice comme lui,‖ mon frère s’est livré…Je ne les revis plus.‖ — Vous m’avez entendue,Et je vous ai montré‖ la vérité bien nue.— A présent, palsembleu !‖ dit un jeune lion,Vous avez rejeté‖ cette condition ;Vous régnez et surtout‖ vous excitez l’envie !Le travail, c’est la peine‖ infligée à la vie.Dans l’ombre sied-il bien‖ d’aller s’ensevelirQuand on a ce qu’il faut‖ pour briller et jouir ?Ne vous souvenez plus‖ qu’il fut une Cécile,Et menez bruyamment‖ l’existence facile.— Oui, je veux oublier…‖ ; oui, je suis Florida. »Elle reprit son verre‖ et d’un trait le vida ;Puis fit retentir l’air‖ de ses éclats de rire.« — Bravo ! dit Rozemon ;‖ j’aime mieux ce délire.Qu’est devenu Brécourt ?— Ma foi, je l’ai purgéDe ses grands revenus.— Puis ?…— Il a son congé.— Et le comte Strogoff ?— Il retourne en RussiePour réparer les trous‖ de sa bourse amincie.— Et le banquier Crushmann ?— Oh ! qu’il est ennuyeux !Comme un poisson pâmé‖ dilatant ses gros yeux,Couvrant de chaînes d’or‖ sa panse rebondie,Il s’en vient de l’amour‖ faire la parodie.J’ai pour adorateurs‖ des céladons flétris,En quête de plaisirs‖ que le temps a taris ;Une rose toujours‖ brille à leur boutonnière ;Ils ont, grâce à Guerlain,‖ une odeur printanière ;Leurs femmes, leurs enfants,‖ oubliant tout pour moi ;Ils sont à mes genoux,‖ je leur dicte ma loi.Je fais ce que je veux‖ de ces vieilles poupéesQui rampent à mes pieds,‖ de moi seule occupées…Ce sont les grands du jour…‖ Mais comme ils sont petits !Je me rince la bouche‖ après qu’ils sont partis !— Cette digression‖ me paraît fort piquante,Dit Rozemon ; chantons‖ là-dessus, ma bacchante :
Au choc du verreOn est joyeux ;Moi je révèreLe jeune amour et le vin vieux.
Triste philosophieQui voudrais m’ennuyer,Va-t’en, je te défieDe me faire bâiller.
Quand la mousse pétille,A mes regards tout brille ;A tout le genre humainJe tends la main.
Au choc du verreOn est joyeux ;Moi je révèreLe jeune amour et le vin vieux
Grands faiseurs de morale,Venez auprès de nousSans craindre le scandale ;On rit avec les fous.Trop tôt la gaîté passe ;Prenez, prenez la placeQue vous garde Satan…Il vous attend !
Au choc du verreOn est joyeux ;Moi je révèreLe jeune amour et le vin vieux.
L’hiver viendra moroseEnlever, quelque jour,Son éclat à la rose,Son sourire à l’amour.Mais avant sa visiteAmusons-nous bien vite,Sans toucher au poisonDe la raison.
Au choc du verreOn est joyeux ;Moi je révèreLe jeune amour et le vin vieux. »
Nous ne décrirons pas‖ le tumulte, le bruitQue l’orgie en marchant‖ répandait. Vers minuitUn garçon avertit‖ le baron de se rendreDans un salon voisin :‖ tout exprès pour l’attendreUn Monsieur, fort bien mis‖ du reste, était venu.« — Eh bien ! il attendra,‖ cet illustre inconnu,Dit Rozemon ; il est‖ des gens d’étrange sorte !Quand je suis occupé‖ demander que je sorte…La licence est hardie ;‖ allez au visiteurDonner son compte ; allez,‖ fût-il le Commandeur,Vînt-il du plus lointain‖ de tous les hémisphères,Je ne le verrais pas :‖ à demain les affaires ! »Quelques instants après,‖ reparut le garçon.Il tenait une carte‖ à la main. Le frissonSaisit soudain Arthur,‖ qui tordit sa moustache.« Monsieur, je vous attends‖ si vous n’êtes un lâche.« Paul FIRMIN. »Tels étaient‖ les mots durs et pressantsQui du fougueux Arthur‖ avaient glacé les sens.L’oracle écrit aux murs‖ du maître de Ninive,Disant : « La mort est proche,‖ et le vainqueur arrive, »Émut peut-être moins‖ l’orgueilleux Balthazar,Que cette simple carte‖ envoyée au hasard.« Monsieur, je vous attends‖ si vous n’êtes un lâche ! »« — Il m’attend, lui, Firmin…‖ et croit que je me cache !Non, non !— Où courez-vous,‖ lui dirent ses amis.— Ne vous étonnez pas…‖ Un rendez-vous remisQu’on vient me rappeler…‖ Une affaire importanteRemplissez, verre en main,‖ les moments de l’attente. »Arthur sortit. Moitié‖ sérieux et plaisant,Il salua Firmin‖ qui, d’un geste imposant,Fit comprendre à ce fat‖ qu’après la parodieIl fallait aborder‖ la sombre tragédie.« — Je suis venu, dit-il,‖ mais ce n’est pas pour moi,Monsieur, veuillez le croire.— Oui certes, je le croi.— Si de vos procédés‖ j’eus parfois à me plaindre,N’ayant jamais eu l’art‖ de plier ni de feindre,Je vous avais assez‖ marqué mon sentimentEt n’eusse pas daigné‖ me venger autrement.— Monsieur, vous débutez‖ par l’injure et l’outrage !— Écoutez ; il m’en reste‖ à dire davantage.Mais encore une fois‖ qu’il soit bien constatéQue je suis l’instrument‖ d’une autre volonté.— Ah ! l’on vous a choisi…‖ la chose se devine,Comme un représentant‖ de haine féminine !C’est un emploi brillant.— Monsieur, ne raillez pas.On verrait qui de nous‖ descendrait le plus basSi jamais l’on pouvait,‖ remontant les années,Sur un même tableau‖ tracer nos destinées.— Vous êtes un Caton !— Et vous, Monsieur, et vous.Je me tais. Il n’est rien‖ de commun entre nous.— Alors pourquoi m’avoir‖ dérangé ? Je vous quitte.— A m’entendre, Monsieur,‖ d’abord je vous invite,Dit Firmin, qui debout,‖ dans son droit affermi,Foudroyait du regard‖ son frivole ennemi.De la séduction‖ vous avez fait étude ;Puis vous avez payé‖ de noire ingratitudeCe sacrifice immense‖ et coûteux à l’honneurD’une femme qui donne‖ et sa vie et son cœur.Vous avez dans le cœur‖ de cette jeune femme,Vous, séducteur habile,‖ entretenu la flamme ;Bien certain d’un triomphe‖ à l’aise préparé,Vous avez dit : « Je suis‖ le maître, qu’à mon gué« Désormais elle pense,‖ elle agisse. :. Je règne !« Ne m’aimât-elle plus,‖ qu’un jour elle me craigne. »Voilà votre calcul,‖ j’ai su le deviner.Vos séduisants dehors‖ n’ont pu me fasciner ;Car le moment arrive‖ où, tombant de lui-même,Le masque laisse voir‖ la bouche qui blasphème.Ah ! vous croyez, Monsieur,‖ qu’on peut impunément,Tartufe de salons,‖ se jouer du serment,Et par de beaux semblants‖ cacher avec adresseLe fond tout gangrené‖ de la scélératesse !Et vous avez pensé‖ qu’il est de ces excèsQui passent, chaque jour,‖ à l’abri du succès !Semer le déshonneur‖ en héros à la mode,Puis rire de son crime,‖ oh ! c’était bien commode.Mais le mal n’est jamais‖ si prudemment cachéQu’on ne sache la voie‖ où vous avez marché ;Et Dieu charge toujours‖ quelqu’un de sa justice.Il m’a donné ce soin ;‖ afin qu’il s’accomplisse,Je suis venu vous prendre‖ au milieu du plaisir.Comme le débauché‖ que la mort vient saisir.Ne vous détournez pas…‖ Je vous regarde en face…Voyez si sur mes traits‖ une émotion passe…Car j’ai ma conscience‖ et je fais mon devoir.Ce que de vous j’attends,‖ vous devez le savoir.Vainement vous avez‖ avec un art habileDéguisé le poison‖ que le vice distille ;La ruse vous servit,‖ et le hasard vous perd.— A juger le prochain‖ vous êtes très-expert,Monsieur, dit Rozemon.‖ Vous m’arguez de ruse :Mais ne peut-on savoir‖ quel indice m’accuse ?— Ce débat avec vous‖ est au-dessous de moi.— Cependant vous prenez‖ un singulier emploi.— Je défends une femme :‖ elle est votre victimeEt je la sauverai,‖ sans excuser son crime.— Que voulez-vous enfin,‖ émissaire fatal ?— Des lettres qui seraient‖ la mort du général.— Vous ne les aurez pas !— Je les veux. C’est ma tâche,Et vous me les rendrez‖ si vous n’êtes un lâche.— Encor !— Si vous n’avez,‖ pour garder ce trésor,Fait de secrets calculs‖ qu’on paie avec de l’or.— C’en est trop !— Ah ! chez vous‖ parle quelque courage ?— Implacable censeur,‖ si j’écoutais ma rage,Je… Mais nous nous verrons ailleurs.— Quand ? — Dès demain.A la Porte-Maillot.— J’y serai, dit Firmin.À six heures.— Non, non,‖ jamais je ne me lèveSitôt. C’est pour midi.‖ Jusque-là faisons trêve.Laissez-moi retourner vers mes amis.— Ces fous !Si vous êtes vaincu, les lettres— Sont à vous.Mes témoins les auront ;‖ mais il faut vous attendre,Vous qui les réclamez,‖ à me voir les défendreAvec acharnement.‖ Puisque le sort le veut,Puisqu’il faut en finir,‖ oubliant qu’il se peutQue demain je succombe,‖ oh ! j’accueille avec joieL’espoir de me venger‖ que le hasard m’envoie.Je vous tiendrai, mon fer‖ tout près de votre cœur,Vous qui m’avez tant nui,‖ soit grave, soit moqueur ;Vous qui n’avez cessé‖ de fronder ma conduite ;Vous dont je dois subir‖ l’éternelle poursuite !Comme une ombre importune‖ attachée à mes pas,Vous étiez un ennui‖ que je n’avouais pas,Mais qui rongeait mon cœur‖ et dont je me délivreAu jour où l’un de nous‖ aura cessé de vivre,Jusqu’à votre vertu,‖ tout en vous me blessait.Ah ! vous venez enfin !‖… La haine m’oppressait ;Vous venez vous offrir‖ vous-même à ma vengeance !Mes désirs avec vous‖ étaient d’intelligence.A demain donc, Monsieur ;‖ j’accepte le cartel.Que ce dernier combat‖ soit un combat mortel ! »Paul, s’inclinant, sortit‖ calme. Son adversaire,Tout troublé qu’il était,‖ prit — chose nécessaire— Pour rentrer au souper,‖ un sourire, un maintien.« — Ah ! que vous êtes long !‖ vraiment ce n’est pas bien,Dit Florida.— Pardon.— Un créancier peut-êtreVous ennuyait, mon cher ?— Oh ! non, par la fenêtreJe l’eusse fait partir. C’était— Qui ?— Paul Firmin.— Ce pédant ! dit chacun.— Nous nous battons demain. »
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 174((aa)) 5(abab) 1(aabb) 2(ababccdd)
- Mètre
- Alexandrins surtout (374 de 12, 21 de 6, 15 de 4, 4 de 8)· profil 4, 8, 6, 6+6
- Strophes
- 6 quatrains, 2 distiques, 2 huitains
- Mots à la rime
- a drôles / épaules féminine, classiqueb élégants / gants masculine, classiquea curée / dorée féminine, classiqueb carnaval / festival masculine, classiquea champagne / campagne féminine, classiqueb fraternel / paternel masculine, classiquea s’envole / obole féminine, classiqueb délaisser / s’élancer masculine, classiquea délire / rire féminine, classiqueb regarda / Florida masculine, classiquea Cécile / difficile féminine, classiqueb mal / original masculine, classiquea terrible / irrésistible féminine, classiqueb agréments / instruments masculine, classiquea l’âtre / théâtre féminine, classiqueb cour / l’amour masculine, classiquea fêtes / honnêtes féminine, classiqueb métier / entier masculine, classiquea dérobe / robe féminine, classiqueb chaud / cachot masculine, classiquea rebelle / belle féminine, classiqueb latin / butin masculine, classiquea propose / métamorphose féminine, classiqueb odorant / restaurant masculine, classiquea leste / modeste féminine, classiqueb ès-passions / séductions masculine, classiquea apôtre / autre féminine, classiqueb capitulé / reculé masculine, classiquea heure / demeure féminine, classiqueb simplement / appartement masculine, classiquea boue / roue féminine, classiqueb fréquentés / rentés masculine, classiquea l’âme / femme féminine, classiqueb faut / défaut masculine, classiquea prostituées / huées féminine, classiqueb talent / opulent masculine, classiquea captive / attentive féminine, classiqueb souverain / frein masculine, classiquea mode / commode féminine, classiqueb d’ennui / celui masculine, classiquea volume / plume féminine, classiqueb d’Arthur / pur masculine, classiquea bondissante / frémissante féminine, classiqueb languit / nuit masculine, classiquea frère / verre féminine, classiqueb Rozemon / démon masculine, classiquea homme / nomme féminine, classiqueb pris / Paris masculine, classiquea charmes / armes féminine, classiqueb secret / L’ennui / aujourd’hui masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb compliments / amants masculine, classiquea difficile / Cécile féminine, classiqueb ici / souci masculine, classiquea convive / vive féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea insipides / rapides féminine, classiqueb moqueur / vainqueur masculine, classiquea sage / naufrage féminine, classiqueb raffalé / filé masculine, classiquea soupire / respire féminine, classiqueb maison / oraison masculine, classiquea maîtresse / détresse féminine, classiqueb lien / rien masculine, classiquea louche / bouche féminine, classiqueb réfléchir / fléchir masculine, classiquea fatigue / intrigue féminine, classiqueb délicat / m’expliquât masculine, classiquea Madame / flamme féminine, classiqueb elle / charmant / moment masculine, classiquea arrière / ouvrière féminine, classiqueb l’argent / diligent masculine, classiquea tâche / relâche féminine, classiqueb modérés / degrés masculine, classiquea chambrette / proprette féminine, classiqueb lit / l’esprit masculine, classiquea blanche / dimanche féminine, classiqueb pas masculine, classiquea défense / l’enfance féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb quartier / tire-pied masculine, non classiquea femme / l’âme féminine, classiqueb assidu / perdu masculine, classiquea bouche / farouche féminine, classiqueb conçu / inaperçu masculine, classiquea vie / suivie féminine, classiqueb gré / livré masculine, classiquea entendue / nue féminine, classiqueb lion / condition masculine, classiquea l’envie / vie féminine, classiqueb s’ensevelir / jouir masculine, classiquea Cécile / facile féminine, classiqueb Florida / vida masculine, classiquea rire / délire féminine, classiqueb Brécourt / purgé / revenus / Puis / congé masculine, classiquea Strogoff / Russie / amincie féminine, classiqueb Crushmann / ennuyeux / yeux masculine, classiquea rebondie / parodie féminine, classiqueb flétris / taris masculine, classiquea boutonnière / printanière féminine, classiqueb moi / loi masculine, classiquea poupées / occupées féminine, classiqueb petits / partis masculine, classiquea piquante / bacchante féminine, classiquea verre / révère féminine, classiqueb joyeux / vieux masculine, classiquea philosophie / défie féminine, classiqueb m’ennuyer / bâiller masculine, classiquea pétille / brille féminine, classiqueb humain / main masculine, classiquea morale / scandale féminine, classiqueb nous / fous masculine, classiquec passe / place féminine, classiqued Satan / attend masculine, non classiquea morose / rose féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquec visite / vite féminine, classiqued poison / raison masculine, classiquea bruit / minuit masculine, classiqueb rendre / l’attendre féminine, classiquea venu / inconnu masculine, classiqueb sorte féminine, classiquea visiteur / Commandeur masculine, classiqueb hémisphères / affaires féminine, classiquea garçon / frisson masculine, classiqueb moustache / lâche féminine, classiquea FIRMIN / pressants / sens masculine, classiqueb Ninive / arrive féminine, classiquea Balthazar / hasard masculine, non classiqueb lâche / cache féminine, classiquea non / amis / remis masculine, classiqueb importante / l’attente féminine, classiquea plaisant / imposant masculine, classiqueb parodie / tragédie féminine, classiquea moi / croire / croi masculine, classiqueb plaindre / feindre féminine, classiquea sentiment / autrement masculine, classiqueb l’outrage / davantage féminine, classiquea constaté / volonté masculine, classiqueb devine / féminine féminine, classiquea brillant / pas / bas masculine, classiqueb années / destinées féminine, classiquea Caton / vous / nous masculine, classiqueb quitte / invite féminine, classiquea affermi / ennemi masculine, classiqueb étude / ingratitude féminine, classiquea l’honneur / cœur masculine, classiqueb femme / flamme féminine, classiquea préparé / gué masculine, classiqueb règne / craigne féminine, classiquea deviner / fasciner masculine, classiqueb lui-même / blasphème féminine, classiquea impunément / serment masculine, classiqueb adresse / scélératesse féminine, classiquea excès / succès masculine, classiquea caché / marché masculine, classiqueb justice / s’accomplisse féminine, classiquea plaisir / saisir masculine, classiqueb face / passe féminine, classiquea devoir / savoir masculine, classiqueb habile / distille féminine, classiquea perd / très-expert masculine, classiqueb ruse / m’accuse féminine, classiquea moi / emploi masculine, classiqueb victime / crime féminine, classiquea fatal / général masculine, classiqueb pas / tâche / lâche féminine, classiquea Encor / trésor / l’or masculine, classiqueb trop / courage / rage féminine, classiquea ailleurs / demain / Maillot / Firmin masculine, classiqueb heures / lève / trêve féminine, classiquea amis / fous / lettres / vous masculine, classiqueb attendre / défendre féminine, classiquea veut / peut masculine, classiqueb joie / m’envoie féminine, classiquea cœur / moqueur masculine, classiqueb conduite / poursuite féminine, classiqueb délivre / vivre féminine, classiquea blessait / m’oppressait masculine, classiqueb vengeance / d’intelligence féminine, classiquea cartel / mortel masculine, classiqueb adversaire / nécessaire féminine, classiquea maintien / bien masculine, classiqueb Florida / Pardon / peut-être / cher / fenêtre féminine, classiquea C’était / Qui / Firmin / chacun / demain masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
414 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La comédie du monde, Paris, Comptoir des imprimeurs-unis, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources