Fables de Florian, 1802
XII. L’aigle et la fourmi
PAR M. DE FLORIAN En envoyant ses Fables à M. Hérivaux.
Du dieu qui lance le tonnerreUn beau jour l’oiseau favori,Dirigeant son vol sur la terre,S’abattit justement‖ tout près d’une fourmi,Qui parmi la fougère,Non loin de ses foyers,En bonne ménagèreAlloit, venoit,‖ pour remplir ses greniers.Jugez de sa surprise‖ en voyant si près d’elleLe superbe habitant‖ du céleste séjour.L’aigle ne la vit point ;‖ sa brillante prunelleNe sut jamais fixer‖ que le flambeau du jour.L’insecte veut d’abord‖ regagner sa cellule ;Il s’arrête, il hésite,‖ il avance, il recule ;Un désir curieux‖ s’oppose à son retour,Et bientôt, bannissant‖ un frivole scrupule,Au roi des airs‖ il veut faire sa cour.Méditant sa harangue‖ et composant sa mine,Vers l’aigle sur-le-champ‖ la fourmi s’achemine.« O vous, dit-elle, ô vous‖ qu’en ces champêtres lieuxPour la première fois‖ aperçoivent mes yeux,Excusez-moi, Seigneur,‖ si je vous importune,Et souffrez qu’un momentJe goûte auprès de vous‖ le doux contentementQue m’offre ma bonne fortune.Par quelques mets dignes de vousJe voudrais vous prouver‖ mon respect et mon zèle ;Mais une humble fourmi‖ n’a que ses vœux pour elle,Et le riche Plutus,‖ de ses trésors jaloux,Ne m’en donna jamais‖ la plus simple parcelle.Pour moi daignez être indulgent,Et des grains qu’amassa‖ ma pénible industrieQue Votre SeigneurieAccepte le présent.Si de ma foible offrandeVous faites quelque cas,Du sort j’aurai reçu‖ la faveur la plus grande ;De ses longues ligueurs‖ je ne me plaindrai pas. »L’aigle sourit‖ à notre discoureuse,Et, déployant‖ son aile vigoureuse,Il l’aide à s’y placer ;‖ puis, dans l’air s’élançant,En un instantIl l’emporte au-dessus‖ de la voûte azurée,Interdite, confuse,‖ à peine rassurée.Là, dans un palais enchantéOù de tableaux charmants‖ une suite choisieFlatte l’esprit, le cœur,‖ par sa variété,Il l’accueille, et, d’un air‖ rempli de courtoisie,Pour un peu de millet‖ par elle présenté,Il lui prodigue avec bontéEt le nectar et l’ambroisie.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 4[abab] 1[aabab] 5[aa] 2[abba] 1[abbab] 1[ababccb]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 6 syllabes (29 de 12, 9 de 8, 8 de 6, 4 de 10, 1 de 4)· profil 8, 6, 6−6, 4+6, (4)
- Mots à la rime
- a tonnerre / terre féminine, classiqueb favori / fourmi masculine, classiquea fougère / ménagère féminine, classiqueb foyers / greniers masculine, classiquea d’elle / prunelle féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquea cellule / recule / scrupule féminine, classiqueb retour / cour masculine, classiquea mine / s’achemine féminine, classiquea lieux / yeux masculine, classiquea importune / fortune féminine, classiqueb moment / contentement masculine, classiquea vous / jaloux masculine, classiqueb zèle / elle / parcelle féminine, classiquea indulgent / présent masculine, classiqueb industrie / Seigneurie féminine, classiquea offrande / grande féminine, classiqueb cas / pas masculine, classiquea discoureuse / vigoureuse féminine, classiquea s’élançant / instant masculine, classiquea azurée / rassurée féminine, classiquea enchanté / variété masculine, classiqueb choisie / courtoisie / l’ambroisie féminine, classiquec présenté / bonté masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables de Florian, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1894· numérisation gallica.bnf.fr· Sources