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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables de Florian, 1793· Livre cinquième

FABLE XXI. L’Aigle et le Hibou *

A DUCIS

Jean-Pierre Claris de Florian· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 58 vers

L’oiseau qui porte le tonnerre,Disgracié, banni‖ du céleste séjour,Par une cabale de cour,S’en vint habiter sur la terre :Il errait dans les bois,‖ songeant à son malheur,Triste, dégoûté de la vie,Malade de la maladieQue laisse après soi la grandeur.Un vieux hibou, du creux d’un hêtre,L’entend gémir,‖ se met à sa fenêtre,Et lui prouve bientôt‖ que la félicitéConsiste dans trois points :‖ Travail, paix et santé.L’aigle est touché de ce langage :Mon frère, répond-il,‖ (les aigles sont polisLorsqu’ils sont malheureux‖) que je vous trouve sage !Combien votre raison,‖ vos excellens avis,M’inspirent le désir‖ de vous voir davantage,De vous imiter, si je puis !Minerve, en vous plaçant‖ sur sa tête divine,Connaissait bien tout votre prix ;C’est avec elle, j’imagine,Que vous en avez tant appris.Non, répond le hibou,‖ j’ai bien peu de science ;Mais je sais me suffire,‖ et j’aime le silence,L’obscurité sur-tout.‖ Quand je vois des oiseauxSe disputer entr’eux‖ la force, le courage,Ou la beauté du chant,‖ ou celle du plumage,Je ne me mêle point‖ parmi tant de rivaux,Et me tiens dans mon hermitage.Si malheureusement,‖ le matin dans le bois,Quelqu’étourneau bavard,‖ quelque méchante pieM’apperçoit, aussitôt‖ leurs glapissantes voixAppellent de par-tout‖ une troupe étourdie,Qui me poursuit et m’injurie :Je souffre, je me tais ;‖ et, dans ce chamaillis,Seul, de sang froid et sans colère,M’esquivant doucement‖ de taillis en taillis,Je regagne à le fin‖ ma retraite si chère.Là, solitaire et libre,‖ oubliant tous mes maux,Je laisse les soucis,‖ les craintes à la porte ;Voilà tout mon savoir :‖ Je m’abstiens, je supporte ;La sagesse est dans ces deux mots.Tu me l’as dit cent fois,‖ cher Ducis, tes ouvrages,Tes beaux vers, tes nombreux succèsNe sont rien à tes yeux,‖ auprès de cette paixQue l’innocence donne aux sages.Quand, de l’Eschyle anglais‖ heureux imitateur,Je te vois, d’une main hardie,Porter sur la scène agrandieLes crimes de Machbeth,‖ de Léar le malheur,La gloire est un besoin‖ pour ton âme attendrie ;Mais elle est un fardeau‖ pour ton sensible cœur.Seul, au fond d’un désert,‖ au bord d’une onde pure,Tu ne veux que ta lyre,‖ un saule et la nature :Le vain désir d’être oubliéT’occupe et te charme sans cesse ;Ah ! souffre au moins que l’amitiéTrompe en ce seul point ta sagesse.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
4[abba] 4[aa] 2[ababa] 1[abbab] 1[ababb] 2[abab] 1[abbaba]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (33 de 12, 24 de 8, 1 de 10)· profil 8, 6+6, (4+6)
Mots à la rime
a tonnerre / terre féminine, classiqueb séjour / cour masculine, classiquea malheur / grandeur masculine, classiqueb vie / maladie féminine, classiquea hêtre / fenêtre féminine, classiquea félicité / santé masculine, classiquea langage / sage / davantage féminine, classiqueb polis / avis masculine, classiquea puis / prix / appris masculine, classiqueb divine / j’imagine féminine, classiquea science / silence féminine, classiquea oiseaux / rivaux masculine, classiqueb courage / plumage / hermitage féminine, classiquea bois / voix masculine, classiqueb pie / étourdie / m’injurie féminine, classiquea chamaillis / taillis masculine, classiqueb colère / chère féminine, classiquea maux / mots masculine, classiqueb porte / supporte féminine, classiquea ouvrages / sages féminine, classiqueb succès / paix masculine, classiquea imitateur / malheur / cœur masculine, classiqueb hardie / agrandie / attendrie féminine, classiquea pure / nature féminine, classiquea oublié / l’amitié masculine, classiqueb cesse / sagesse féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables de Florian, Paris, LA LIBRAIRIE ÉCONOMIQUE, 1800-1801· numérisation Project Gutenberg· Sources