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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables de Florian, 1793· Livre second

FABLE X. Le Cheval et le Poulain

Jean-Pierre Claris de Florian· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 49 vers

Un bon père cheval,‖ veuf, et n’ayant qu’un fils,L’élevait dans un pâturageOù les eaux, les fleurs et l’ombrage,Présentaient à la fois‖ tous les biens réunis.Abusant pour jouir,‖ comme on fait à cet âge,Le poulain tous les jours‖ se gorgeait de sainfoin,Se vautrait dans l’herbe fleurie,Galopait sans objet,‖ se baignait sans envie,Ou se reposait sans besoin.Oisif et gras à lard,‖ le jeune solitaireS’ennuya, se lassa‖ de ne manquer de rien ;Le dégoût vint bientôt ;‖ il va trouver son père :Depuis long-temps, dit-il,‖ je ne me sens pas bien,Cette herbe est mal-saine et me tue,Ce trèfle est sans saveur,‖ cette onde est corrompue,L’air qu’on respire ici‖ m’attaque les poumons ;Bref, je meurs si nous ne partons.Mon fils, répond le père,‖ il s’agit de ta vie,A l’instant même il faut partir.Sitôt dit, sitôt fait,‖ ils quittent leur patrie.Le jeune voyageur‖ bondissait de plaisir :Le vieillard, moins joyeux,‖ allait un train plus sage ;Mais il guidait l’enfant,‖ et le faisait gravirSur des monts escarpés,‖ arides, sans herbage,Où rien ne pouvait le nourrir.Le soir vint, point de pâturage ;On s’en passa. Le lendemain,Comme l’on commençait‖ à souffrir de la faim,On prit du bout des dents‖ une ronce sauvage.On ne galopa plus‖ le reste du voyage ;A peine, après deux jours,‖ allait-on même au pas.Jugeant alors la leçon faite,Le père va reprendre‖ une route secrèteQue son fils ne connaissait pas,Et le ramène à la prairieAu milieu de la nuit.‖ Dès que notre poulainRetrouve un peu d’herbe fleurie,Il se jette dessus :‖ Ah ! l’excellent festin !La bonne herbe ! dit-il :‖ comme elle est douce et tendre !Mon père, il ne faut pas s’attendreQue nous puissions rencontrer mieux ;Fixons-nous pour jamais‖ dans ces aimables lieux :Quel pays peut valoir‖ cet asile champêtre ?Comme il parlait ainsi,‖ le jour vint à paraître :Le poulain reconnaît‖ le pré qu’il a quitté ;Il demeure confus.‖ Le père, avec bonté,Lui dit : Mon cher enfant,‖ retiens cette maxime :Quiconque jouit trop‖ est bientôt dégoûté,Il faut au bonheur du régime.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[abbab] 2[abba] 4[abab] 5[aa] 1[abbaa] 1[aabab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 17 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a fils / réunis masculine, classiqueb pâturage / l’ombrage / âge féminine, classiquea sainfoin / besoin masculine, classiqueb fleurie / envie féminine, classiquea solitaire / père féminine, classiqueb rien / bien masculine, classiquea tue / corrompue féminine, classiquea poumons / partons masculine, classiquea vie / patrie féminine, classiqueb partir / plaisir masculine, classiquea sage / herbage féminine, classiqueb gravir / nourrir masculine, classiquea pâturage / sauvage / voyage féminine, classiqueb lendemain / faim masculine, classiquea pas masculine, classiqueb faite / secrète féminine, classiquea prairie / fleurie féminine, classiqueb poulain / festin masculine, classiquea tendre / s’attendre féminine, classiquea mieux / lieux masculine, classiquea champêtre / paraître féminine, classiquea quitté / bonté / dégoûté masculine, classiqueb maxime / régime féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables de Florian, Paris, LA LIBRAIRIE ÉCONOMIQUE, 1800-1801· numérisation Project Gutenberg· Sources