Crépuscules, 1897· Idylles et élégies 1895-1896
Conseil
A Pierre Louÿs.
Gemme à des lèvres, un sourire effleure d’ailesTranslucides et mélancoliques ta vie ;Voici mort le destin et qu’un rêve dévieEn le héros d’aimer vers qui tu te modèles.
Mais tu ne cueilleras de leurs gestes et d’ellesNi les fleurs de parfums que ta tristesse envie,Ni l’émoi délicat d’être une âme asservieAux mirages de jeux futiles et fidèles.
Des yeux ne nous sont pas un miroir ou la mer.Réveille-toi. La flamme ondule à ton vertige,Un foyer morne avec la cendre ! crains l’hiver.
Le baiser affolant étincelle prestige :Qu’importe ? pleure oisif ou songe à ton linceul,La vie éperdument se rêve, reste seul.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Crépuscules, Paris, Société du Mercure de France, 1897· Sources