Crépuscules, 1897· Idylles et élégies 1895-1896
L’automne
Ultime thyrse et d’or, que languide l’AutomneAgite aux doigts de nymphes lasses dont s’étonneLe regard clair vers l’effroi prompt de tout l’hiver,Thyrse où chétif s’enroule un vain feuillage vertQui se flétrit aux doigts des nymphes déjà lasses,Si toi de deuil muet et de rouilles enlacesL’oubli, le glacial oubli des étés blonds,Je sais d’amers chemins par où nous exilonsEn des palais de paix nocturne un orgueil morne,Vieil orgueil ! et le vent aux aigres doigts l’écorneLorsqu’il se joue et passe aux fronces d’un rideau.Des fleurs fauves flamboient auprès de chutes d’eau,Des fleurs fauves, des fleurs d’azur et de lumière,Et leur fraîcheur ceindra pour la fête première,Vernal cimier, fier diadème, notre frontQuand de nos doigts amis au Printemps s’offrirontEn thyrses les baisers plus félins de pétalesNés loin de la tourmente et des neiges brutalesDans les palais de paix où nous nous exilonsJusqu’au retour voluptueux des matins blonds.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Crépuscules, Paris, Société du Mercure de France, 1897· Sources