Crépuscules, 1897· Idylles et élégies 1895-1896
La mort de la danseuse
A Madame Gabrielle Fontainas.
L’encens enlace de vapeurs sa danse molleEt selon la courbe flexible de ses reinsSe mêle à des parfums rôdeurs emmi les crinsDe sa chevelure asiatique d’idole.
Seule entre ses doigts nus la naïve corolleD’une fragile fleur à flétrir les chagrins,Languissante se meurt aux baisers purpurinsDe son avide lèvre où trop d’amour l’isole,
Elle danse en la nuit déserte du tombeau,Dédaigneuse de la ténèbre, où le flambeau :Expire en pâles fleurs de lueur douloureuse ;
Et soudain, à l’enfant qui fut reine d’un roi,Sans voir l’horrible geôle où se mourir d’effroi,L’ivresse de la danse est sa mort bienheureuse.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Crépuscules, Paris, Société du Mercure de France, 1897· Sources