Crépuscules, 1897· Idylles et élégies 1895-1896
La plage
Des doigts subtils aux lierres roux de la fontaineEffeuillent, pour lancer sur la fuite incertaineDes nymphes vers la mer maternelle et les cieux,Toutes les roses d’aube et les lys radieux.Le matinal parfum de l’ombre bleue aux plages,Voluptueuse, et tes baisers, loi qui soulagesMagicienne, l’affre et la torpeur des nuits,S’épanche au souffle sûr de la flûte de buisQue sonore un satyre à ses lèvres appuie,Et le caprice d’or en notes claires, pluie,Bondit sous le soleil et danse aux sables blonds.L’heure est propice, viens ! c’est l’heure où nous allons,Avec aux mains le parfum mort de nos guirlandes,Par delà la forêt et les antiques landes,Nous coucher sur la dune et, les yeux vers la mer,Attendre qu’y surgisse, Ô fleur calme ! la chairD’une naïade nue en ses cheveux d’aurore.Sortilège, et tandis que midi brûle encoreLa dune rousse et les landes et la forêt, .Parfois, blanche et le front ceint d’algues apparaît,Indulgente ou farouche, une vierge déesseEn qui s’élude la vie ardente, et qui laisseMûrir vers nous, fruit d’orgueil pourpre et velouté,Tout l’arome affolant de sa fraîche beauté.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Crépuscules, Paris, Société du Mercure de France, 1897· Sources