Crépuscules, 1897· Idylles et élégies 1895-1896
Pressentiment
Avant que vers toi les aubes insoupçonnées,Rires dont l’éclat vierge à ton rire ressemble,Épandent au bois sombre, où seul éclaire un tremble,Les frissons d’oubli dont les ailes ne sont nées,
Verse, enfant, ton regard : des fleurs seront fanéesD’offrir au ciel leur coupe inquiète qui trembleD’où peut-être s’entr’ouvre à deux fiers d’être ensembleLe léthéen parfum qui les grise d’années.
Peut-être un soir de cendre ou les derniers décombresDescendront-ils parmi des voiles et lourds d’ombresAccouder, au rebord du jardin de tes routes,
Le sourire de leur ennui, d’où, lasse et douce,Tu montres le sentier assoupi sous la mousseA ceux dont le destin butait au roc des doutes.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Crépuscules, Paris, Société du Mercure de France, 1897· Sources