L’Allée des Glaïeuls, 1921
Ode cinquième
La Flamme
La flamme encor jointe au désordreD’un brasier qu’allument cent nœudsDéploie au ciel neuf pour s’y tordreLes thyrses enfouis en euxPar un murmure de violesEt d’oiseaux nés aux foliolesDans cet essor vertigineux.
Le millier des fleurs que propageSous l’enchevêtrement obscurDes lourdes boules du feuillageCe chant où fourmille l’azurExalte pour un spasme étrangeLeur fauve tige quand s’effrangeDans l’air un feu secret et sûr.
S’il fuse et se dissipe en poudreA peine fond-il indistinctQu’il s’enrichit de se dissoudrePar un élan que rien n’éteint :Tel, dans la joie et l’agonie,Immatériel, le GénieNaît et renaît à son destin.
Il ne s’attarde pour personneSous les cendres d’un foyer mort,Mais, s’accroissant de ce qu’il donne,A chaque fois qu’il livre au sort,Hanté d’une égale hantise,Le brandon que son geste attise,Il s’assimile à son trésor.
C’est lui qui de soi jailli brusqueImpatient des hauts sommetsPerce où nulle ombre ne l’offusqueLa nuit des nuages mauvais.D’un jet de sa clarté nouvelleAux yeux d’extase se révèleL’astre qui ne ternit jamais,
L’astre, jardin sans crépuscule,Profond, lumineux, odorant,Source où la Pensée accumuleLes vives eaux de son torrent,Où, frénétique d’allégresse,Le lys ailé du Désir dresseSa corolle en rêve et comprend
Par le prodige de la flammeDont s’ouvre à lui l’élan puissantQue c’est la fleur suprême, l’Âme,Qui brûle et ses nerfs et son sangEt monte où l’Amour l’a suivie,Triomphe éclatant de la Vie,Feu qui tarit, mais renaissant !
Paris, Bas-Caumont, Paris, Juillet -Août- Décembre 1920.
49 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Allée des Glaïeuls, Paris, Librairie de France, 1921· numérisation books.google.com· Sources