L’Allée des Glaïeuls, 1921
Ode quatrième
Le Livre
L’Âme s’insurge aux geôles du LivreEt, debout sur les marges du seuil,Aspire à l’orgueilD’une aventure qui la délivre.
Le mâle Désir que n’a tentéL’or épars aux cheveux de la ServeFrémit si l’observeD’un ail aigu sa fauve clarté.
Elle tend sous l’obscur labyrintheDont nul bruit dans l’aurore ne sortSon torse à l’essorQui l’entraîne en l’émoi de l’étreinte
Où, pâmés l’un par l’autre, au réveilPlus jamais le délire n’enlèveL’idée ou le RêveA leur double joie, en plein soleil !
O buissons éblouissants d’abeilles,Purs essaims par qui chante le jour,Fleurs de flamme autourDe la nuit d’odorantes corbeilles,
Astres semés aux jardins fiévreuxPoudre d’ailes, parfum qui voltiges,Planez, doux vertiges,Par frissons impalpables, sur eux !
Ils boiront où l’azur des vrais porchesOuvre à l’extase leurs yeux surprisLe vin des espritsQuand s’éparpille au rythme des torches,
Étincelles fécondes, par l’airLa gerbe en qui jaillit pour revivreAu vide du LivreLe feu durable, non plus l’éclair.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Allée des Glaïeuls, Paris, Librairie de France, 1921· numérisation books.google.com· Sources