L’Allée des Glaïeuls, 1921
Ode deuxième
Le Songe
Le gouffre sombre où s’enrouleLa flamme au poids décevantD’une longue et morne bouleAccueille, mire et refouleLe songe épars dans le vent.
Il s’ouvre dans l’onde un vastePorche de ténèbre et d’or,Plonge au flux qui le dévaste,Et soudain pâme au contrastePar le froid du corridor.
S’il meurt, l’air qui le pénètreSe mêle au feu de son sang ;Il ne s’affranchit de naîtreQue les yeux à la fenêtreVers les trésors qu’il pressent.
L’orage ni la folieNe pourra le décevoir ;Aux essais qu’il multiplieSon âme s’est embellieDes mensonges du miroir.
Quand parfois s’effondre l’astreQu’il a touché de l’orteil,Le fût brisé du pilastreRappelle seul le désastreAux candeurs de son réveil.
Il éclaire le basalteDu héros qu’il s’est sculpté,Creuse à l’errant pour la halteUne source qui l’exalteDans l’élan du pourpre été.
Les fleurs vivantes qu’il brodeSur le ciel ou sur le solÉgrènent au gré de l’OdeLes frissons du rythme où rôdeL’excellence de son vol.
Malgré l’ivresse premièreBue à l’azur sans périlPar ses ailes de lumièreIl s’enferme en la chaumièreOù, dans l’oubli puéril,
Il tisse une ombre futureSous qui succombe et s’éteintL’éclat de l’âpre aventureLorsque étouffe en la tentureLe cri fauve du Destin.
45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Allée des Glaïeuls, Paris, Librairie de France, 1921· numérisation books.google.com· Sources