L’appel a la déesse, 1942· Poèmes
Sourires
Si près des dieux, baisers d’azur, rayons d’aurore,Dons ingénus, frissons d’un songe, appariésA tant d’élans parmi l’air pur, où vont écloreDes ailes pour l’envol lumineux et sonore,O voix fraîches d’enfants, beaux yeux qui souriez,
Rien ne pèse sur vous. Vous jouez. Et la briseSe mêle caresseuse aux plis de vos cheveux,Pose au visage, à vos lèvres un feu qu’iriseInnocemment, au gré de l’heure ou par surprise,L’essor de joie où s’amoncellent tous nos vœux.
Et voici que bientôt, deux par deux, le sourireDe l’amour vous enlacera, couples fiévreux,Esprits pensifs, dans l’abîme qui vous attire,Vous engloutit et fond votre double délireEn une égale et même extase d’amoureux.
Délices, tourbillons, et sources de jeunesse, :Ondoiements d’une mer étale dès l’éveil,Qu’à jamais se dilue en vous et que renaisseLe clair sourire avec sa gloire et sa finesseQui vous embrase et vous imprègne de soleil.
Plus tard, plus tard, quand les soucis, la méfianceEt les chagrins alourdiront d’un âpre hiverVotre âme qu’assouvit une vaine scienceDe la vie, un venin qu’on croit l’expérience,Vous ne sourirez plus que d’un sourire amer,
Mais ceux qui, libérés d’orgueil et de délire,Aiment la vie offerte à tous, les calmes vieux,L’aïeule que l’écho d’un rêve ancien attireEt berce, un tendre appel frémit dans leur sourire,Ils se sentent, en souriant, plus près des dieux.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’appel a la déesse, Paris, F. Sant’Andrea, éditeur, 1942· numérisation opac.kbr.be· Sources